Le 10, vendredi.—Mené chez le Roi et la Reine; la Reine lui demande s'il veut dîner avec elle, il s'en réjouit, n'en peut être dissuadé. Il va à la messe avec la Reine, et revient avec elle; dîné avec elle à douze heures et demie.

Le 11, samedi.—Mené chez le Roi, où il trouve la Reine. Le Roi lui dit: «Mon fils, je m'en vais à Saint-Germain, voulez-vous venir avec moi?»—Oui, papa. La Reine lui dit: «Mais papa va en poste.»—C'est tout un, j'irai à pied, je courrai tant que je pourrai, et s'il va trop fort je m'arrêterai, et puis je m'en retournerai. Le Roi lui dit: «Mon fils, me servirez-vous bien?»—Oui, papa.—«Me donnerez-vous bien ma chemise, mon collet, mon mouchoir?»—Oui, papa.—«Mais vous ne me sauriez donner mes bottes?»—Excusez-moi, papa, je ferai tout, dit-il gaiement. La Reine lui dit: «Mais je veux aussi que vous me serviez.»—Je le veux bien, maman.—«Mais vous ne me sauriez coiffer.»—Excusez-moi, maman; Nov
1606 puis, reconnoissant qu'il s'étoit mépris, et y ayant songé, il s'en va droit à la Reine: Maman, ce sera ma sœur.

Le 12, dimanche.—Les députés du Dauphiné lui viennent faire la révérence en corps, lui témoignant leur fidélité et affection, et le suppliant de les conduire devers le Roi pour le supplier d'accorder leur demande, à laquelle il avoit intérêt (c'étoit pour réunir au Dauphiné la Bresse, donnée en récompense du marquisat de Saluces). Il les remercia de leur bonne volonté, leur promit la sienne selon les occasions, mais [leur dit] pour ce sujet que tout étoit à papa. M. de Lesdiguières les conduisit.—Il va chez la Reine, puis à la volière, de là chez M. Zamet, d'où il voit, en la cour, courir deux renards; il étoit à la fenêtre d'où il commande: Maître Martin, lâchez ce chien blanc, puis celui-ci ou celui-là, les nommant par leur nom; il commandoit magistralement et à propos.

Le 13, lundi, à Fontainebleau.—Mené chez le Roi et chez la Reine, puis à la chapelle de la salle du bal; il va de là au grand jardin, où il joue au ballon, du poing: M. de Bassompierre le lui avoit donné; dîné avec le Roi.—Il causoit avec Mathurine[357], lui dit que si elle étoit morte il la feroit mettre en terre; M. l'aumônier lui dit: «Monsieur, vous en ferez donc des reliques?»—Ho! dit-il en souriant, une belle relique de folle.

Le 14, mardi.—Il voit Boileau, son violon, qui caressoit Joron, l'une de ses femmes de chambre, de laquelle Boileau étoit amoureux; elle étoit couchée au lit de sa nourrice: Boileau, venez ici, venez çà, venez à moi, dit-il, impérieusement; et comme il se fut approché: Qui vous fait si hardi de vous jouer à mes femmes de chambre? et devant moi! Il s'amuse à ses animaux de poterie, qu'il met en bataille, l'appelle sa compagnie.

Le 15, mercredi.—Mené chez la Reine; soupé avec le Roi.

Nov
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Le 16, jeudi, à Fontainebleau.—A onze heures et un quart dîné; il entretient Engoulevent, prince des sots[358]; il lui demande: Que vous est papa? pource qu'il disoit que le Roi le suivoit et qu'il étoit prince des sots.—Il prend sa bandoulière et son mousquet, fait armer sa compagnie; M. de Verneuil, arquebusier, marche auprès de lui, M. le Chevalier est le capitaine, et il s'en va ainsi, par la terrasse des deux cours, trouver dans son cabinet la Reine, qui alloit au devant du Roi revenant de la chasse. Il fait tous les exercices devant elle, prête serment de bien servir le Roi, puis sort en bataille en l'antichambre, où il fait haie et battre le tambour pendant que la Reine passe, puis se désarme et est mené chez M. de Rosny, au pavillon qui est au bout du parterre; il le rencontre, puis est mené en la chambre pour y voir Mme de Rosny. Il va chez le Roi, veut souper avec lui; le Roi se met à jouer, le renvoie souper en sa chambre.

Le 18, samedi.—Il fait chanter deux jeunes enfants de la musique de la Reine, lui assis, les écoutant attentivement comme immobile, tant il aimoit la musique.—M. de Vendôme arrive revenant de la chasse avec le Roi; il racontoit comme le Roi étoit encore dans la forêt et que comme, lui (M. de Vendôme), est arrivé dans la basse-cour, les gardes ont commencé à prendre les armes et à battre le tambour; il entend cela, et, se retournant vers lui, demande: Ont-ils pris leurs armes pour vous?

Le 19, dimanche.—Mené au Roi en la salle du bal, pour y voir combattre les dogues contre les ours et le taureau; un ours ayant mis sous lui un des dogues, il se prend à crier: Tuez l'ours, tuez l'ours.—Mené chez la Reine, où, à neuf heures, il assista aux fiançailles de M. le prince d'Orange avec Mlle de Bourbon[359]. Ramené Nov
1606 à neuf heures trois quarts, il ne se veut point coucher, se fait mettre sa cotte, se fait tenir par la lisière pour imiter les dogues qu'il avoit vus tirant la laisse pour se jeter contre les ours.