Le 17, dimanche, à Fontainebleau.—Mené au jardin des canaux; ramené par la cour du dragon en sa chambre, où il montre à M. Fréminet, peintre du Roi, excellent personnage, les peintures qu'il avoit faites les jours précédents: J'ai fait ces cerises, j'ai fait cette rose. M. Fréminet lui dit: «Monsieur, vous plaît-il que je vous fasse faire un oiseau, avec la plume?» Il lui répond gaiement: Oui; Mamanga, envoyez querir mon écritoire; il met son papier sur sa petite table, prend la plume, et lui-même commence à faire l'oiseau marqué A[368], commençant de droite à gauche; les taches noires du milieu, ce sont, dit-il, les plumes; puis l'autre oiseau marqué B il le fait, la main toujours conduite par le sieur Fréminet, qui sentoit comme M. le Dauphin poussoit à conduire la main. M. Fréminet lui fait le visage marqué C, disant: «Faites un visage comme celui-là.»—Ho, ho! dit-il en souriant, je ne sarois, et ne le voulut point entreprendre; il fait le visage marqué D, conduit toujours par le sieur Fréminet, et le visage aussi qui est dessous marqué E; puis, en l'autre face du papier, le visage marqué F est fait par le sieur Fréminet, auquel il donna une grosse poire.

Le 18, lundi.—M. Fréminet commença de le peindre, et pour s'amuser il demanda: Mamanga, je voudrois bien avoir des couleurs, mais je voudrois des siennes, elles sont plus belles. On lui en envoie querir au logis du sieur Fréminet, au jardin des canaux; il s'en amuse avec le pinceau. A six heures et un quart soupé; tout à coup il dit: Je suis las, demande à se coucher. Diverti il se joue à divers jeux comme: Votre place me plaît, à burlurette, avec des soldats, à frappe main.

Déc
1606

Le 20, mercredi, à Fontainebleau.—Sa nourrice le déshabillant lui tire tant soit peu un cheveu, il s'en prend à crier et plaindre fort dolentement; ma femme lui dit: «Mais, Monsieur, vous criez tant pour un cheveu, vous ne sauriez plus crier pour un coup d'épée.»—Je m'en soucie bien d'un coup d'épée! Ma femme réplique: «Monsieur, et pourquoi ne vous soucieriez-vous pas d'un coup d'épée?»—Pource que je serois mort, dit-il avec façon, comme ne se souciant et se déplaisant de la vie[369].

Le 21, jeudi.—M. de Saint-Antoine, gentilhomme françois, écuyer du prince de Galles, salue Madame de la part de son maître; elle en rougit et en fit la honteuse.—En allant à la chambre de Madame, M. de Verneuil éteint une chandelle que l'on laissoit dans le petit cabinet de la Reine, pour éclairer aux passants. M. le Dauphin n'en dit mot, mais étant dans la chambre suivante, où il y avoit de la clarté, il lui bailla un soufflet, ajoutant la raison: Pourquoi avez-vous éteint la chandelle?

Le 23, samedi.—M. Fréminet achevoit de le peindre, lui s'amusant à peindre, et il fit un oiseau sur de la toile avec de la craie.

Le 24, dimanche.—M. le prince d'Orange et Mme sa femme, fille de feu M. le prince de Condé, viennent prendre congé de lui, s'en allant à Orange.

Le 25, lundi.—Vêtu de sa robe de lames d'or et d'argent, et de soie brune, il dit: Ma robe me pèse plus derrière que devant; il ne y eut pas moyen de la raccoustrer à son gré: Otez-la moi, donnez-m'en une autre. Il fut dévêtu et revêtu de celle qu'il avoit le jour précédent, puis mené à la chapelle de la salle du bal. Après la messe il va à confesse, se confesse de tout ce qu'il avoit d'opiniâtrise ce matin.

Le 28, jeudi.—Il change de logis, fait déménager et Déc
1606 porter son lit en la chambre du pavillon de la grande galerie[370].

Le 30, samedi, à Fontainebleau.—Il s'amuse à faire le messager de Fontainebleau qui portoit de la marchandise à Paris, attache un jarretier à un placet[371], y met dessus ou un chapeau, ou un panier, ou quelque autre chose, le va traînant d'un bout de la chambre à l'autre où étoit son lit, décharge en la ruelle, puis s'en retourne faire nouvelle charge. M. le Chevalier en fait autant que lui, et le suivoit; Descluseaux les conduisoit. Puis le Dauphin le fait asseoir, et s'amuse à faire attacher deux flambeaux d'argent avec un petit chapelet.