Le 15, lundi.—A douze heures et demie Madame s'en va dîner; soudain il lui prend une humeur: Je m'en vas servir ma sœur. Il y va en sa chambre, fait toute la cérémonie: M. le Chevalier étoit gentilhomme servant, qui mettoit la viande et recevoit les plats que l'on desservoit; il (le Dauphin) étoit page, et se faisoit nommer Faveroles, nom d'un page de la chambre du Roi, et il nomme M. de Verneuil, Pettruce, aussi page de la chambre.—Il vient des violons du bourg, il se met à danser à toutes danses.

Le 16, mardi.—Mené en la chapelle, puis en la salle du bal, où il saute de la première marche du théâtre, de plein saut, jusques au second carré, franchit le premier, puis danse la sarabande fort gaiement, allant justement à toutes les cadences du violon; puis il danse aux branles, où dansoit Laforest, soldat qui lui donnoit beaucoup Janv
1607 de plaisir par ses actions et contenances. Il vient en ma chambre, et de l'escalier regarde jouer à la paume. A six heures et demie soupé, dansé; il tance Madame, elle en pleure. Mlle de Vendôme lui dit: «Monsieur, je m'en vas le dire à Mme de Montglat que vous faites pleurer Madame;» elle y vient, il s'excuse; Mme de Montglat s'en retourne, et lui, tout soudain et froidement, prend la main droite à Mlle de Vendôme et la lui mord bien serré.

Le 17, mercredi, à Fontainebleau.—Il joue à la balle à la raquette, fait de bons coups au bond, l'attend avec jugement, entend les termes du jeu: Trentain, le jeu, quarante-cinq, passons, velà une chasse, haussez la corde, en passant comme il avoit vu faire au jeu de paume.

Le 19, vendredi.—Indret, son joueur de luth, étoit en la ruelle du lit de sa nourrice où il fut longtemps à accorder son luth; l'impatience le prend: Indret, il y a trois jours que vous accordez votre luth! jouez! dit-il impérieusement, car il attendoit la musique, qu'il aimoit fort.—Madame étoit allée chez les tailleuses, qui étoient venues de Paris; on ne l'en pouvoit retirer jusques à ce que Mme de Montglat lui envoya dire qu'elle avoit à lui bailler une lettre de la part de M. le prince de Galles; elle part là-dessus tout aussitôt, descend en la chambre de M. le Dauphin, auquel Mme de Montglat avoit dit la fourbe. Elle tire de sa pochette une petite lettre; M. le Dauphin la demande, disant: Donnez-la-moi, Mamanga, je la lirai. Il la prend, l'ouvre et, feignant de lire, prononça haut ces paroles: Madame, je m'en vas en Espagne pour voir ma maîtresse, mais que je revienne je vous apporterai quelque chose de beau que je n'ai pas vu encore, et je le vous apporterai, car j'ai bien envie de vous voir.—Il apprend à faire ses lettres, écrit son nom: Loys; ce fut la première fois; il fut conduit par Dumont[375].

Janv
1607

Le 21, dimanche, à Fontainebleau.—Il est mené au préau, derrière le chenil, pour y voir lutter des Bretons, de ceux qui travailloient aux ouvrages du Roi.

Le 22, lundi.—Il étoit assis et tenoit un genou sur l'autre; Mme de Montglat l'en reprend, disant que cela le feroit devenir bossu. Il répond: Papa le fait bien. Je lui demande s'il vouloit faire tout ce que papa faisoit; il répond: Oui. Il écrit son exemple suivant l'impression faite sur le papier, la suit fort bien, y prend plaisir.

Le 24, mercredi.—Il écrit au Roi gaiement, se veut dépêcher, de peur, dit-il, que Guérin ne s'en aille; Dumont, clerc de sa chapelle, lui traça les lettres; il les suivit fort dextrement, et racoustroit là où il y défailloit quelque chose:

Papa, j'ay grande envie de vou voir, cependan je vou dirai qu'il y a beaucoup d'arbres plantés. Je sui, Papa, vote tes humbe et tes obeissan filz et seuiteu.—Daulphin.

Le 26, vendredi.—Il va à la poterie, prend quelques pièces, commande à Mme de Montglat que l'on les paye; il crioit après ceux qui s'approchoient près des pièces: Touchez pas là! ne prenez rien!—Il s'amuse froidement à voir jouer une farce où Laforest faisoit le badin mari, le baron de Montglat faisoit la femme garce, et Indret l'amoureux qui la débaucha.