Le 27, samedi.—Il commande au baron de Montglat de masquer et faire une comédie, et lui dit: J'en veux être.—«Mais, Monsieur, nous ne savons que jouer!»—Vous direz que nous sommes vos petits enfants. Il se fait habiller d'une robe de fille et coiffer du chaperon de Mme de Montglat, et couvrir le visage d'un masque en velours. A huit heures commence le jeu; il fait son entrée ayant M. le Chevalier avec lui et deux autres; il danse fort gentiment, hardiment et de bonne grâce, puis se retire, et revient seulement quand il fallut comparoître. La farce achevée, il se fait ôter la robe, et danse: Ils sont à Saint-Jean Janv
1607 des choux, frappant du pied sur le cul de ses voisins. Cette danse lui plaisoit.
Le 28 janvier, dimanche, à Fontainebleau.—Mené à la chapelle de la salle du bal, puis en la salle, où il court par acquit et ne voulut jamais danser devant des femmes du bourg; il ne se plaisoit point à donner plaisir à autrui. Après soupé il se fait habiller en fille comme le jour précédent, et coiffer d'un chaperon de sa nourrice; ils font une comédie qui fut l'entrée d'une sarabande, puis un petit festin de confitures. Mis au lit, il est entretenu par le baron de Montglat, qui devoit partir le lendemain pour aller en Espagne.
Le 29, lundi.—M. l'aumônier lui faisoit dire les commandements de Dieu, et quand il fut à dire: «Tu ne tueras point,» il dit: Ne les Espagnols? Ho, ho! je tuerai les Espagnols, qui sont ennemis de papa; je les épuceterai[376] bien. L'aumônier lui dit: «Monsieur, il ne faut pas tuer les Espagnols, ils sont chrétiens.»—Mais ils sont ennemis de papa.—«Mais ils sont chrétiens.»—J'irai donc tuer les Turcs. Il va en la salle du bal pour y voir une mariée du bourg, qu'il avoit envoyée querir pour complaire à Madame, car il ne l'avoit jamais voulu faire: Mais, Mamanga, je prens point plaisir à ces filles de village; velà un beau plaisir! Il y danse.
Le 31, mercredi.—Dîné en chantant, se jouant et mouvant; il nomme les valets de nous tous. Je lui dis qu'il ne savoit pas le nom du mien.—C'est Nicolas; il étoit vrai.—«Comment s'appeloit celui que j'avois auparavant?»—Grand nez; il le souloit ainsi nommer à cause de son grand nez.—«Mais, Monsieur, il s'appeloit Janv
1607 autrement?»—Légier; il étoit vrai, et y avoit trois ans qu'il ne me servoit plus.—«Monsieur, comment s'appelle le valet de Bompar?» (C'étoit le page du Dauphin).—Je sais pas; puis tout à coup: C'est madame sa personne, pource qu'il n'en avoit point. Je ne sais qui il ne connoissoit point. A souper il se fait entretenir des chiens de mon cousin, dont je lui avois parlé, qui étoient trois dogues: Lion, Come et Grainbon, et Miraude qui étoit à moi; il demande ce qu'ils savent faire et ce qu'ils ont fait, et quand Miraude aura ses petits.
Le 2 février, vendredi, à Fontainebleau.—M. Guérin, apothicaire du Dauphin, arrive de Paris qui lui apporte une lettre du Roi, écrite et contrefaite de la main du Roi par M. de Loménie, secrétaire d'État et du cabinet, qui lui fut lue par Mme de Montglat en ces termes, faisant réponse à celle qu'il lui avoit écrite aussi par M. Guérin:
Mon fyls, Guerin me rendant une lettre ma dyt de vos nouuelles et que atandant ma venue uous aués byen du soyn de mes jardins et de mes plans, de quoy iay esté fort ayse. Je luy ay commandé en vous randant cete-cy de vous dyre des myennes et de maman la Roine; que iespere vous voyr yncontynant après la foyre Saynt-Germayn, en laquelle je feray achepter des petytes besongnes[377] pour vous iouer, lesquelles ie vous porteray quant et moy pourueu que vous maymyés byen et soyés byen sage. Bonsoyr, mon fyls. Ce dernyer de janyuer a Parys. Vre byen bon pere.—Henry.
Et au-dessus de la lettre: A mon fyls le Daufyn[378].
Fév
1607
Le 3, samedi, à Fontainebleau.—Il fait coucher avec lui la lettre que le Roi lui avoit écrite.
Le 4, dimanche.—Il se fait marquer une lettre pour écrire à la Reine. M. de Saint-Géran, prenant congé de lui, lui demande s'il lui plaît qu'il dise à papa qu'il lui envoie quelque chose, il répond: Ho! non, il faut rien demander à papa.