Le 22, mardi.—A six heures soupé; on lui vient dire que le Roi alloit voir faire la curée du cerf qu'il avoit pris; il achève de souper avec impatience, va par la galerie en mangeant son massepain, et va rencontrer le Roi et la Reine, qui lui font voir la curée. Ramené en sa chambre, il s'amuse sur le tapis de pied à faire de la musique, chante lui-même: Ambroise, d'où venez-vous?
Le 24, jeudi.—Il s'amuse à peindre, se fait tracer par un jeune peintre et remplit après avec un charbon, fort sûrement; ayant bien commencé, il dit au peintre: Achevez le demeurant[407].
Le 25, vendredi.—Mené au Roi et à la Reine, qui soupoient; le Roi jette sur la table à Cadet, son chien, de la menue dragée; le chien la lèche, M. le Dauphin la ramasse et la mange.
Mai
1607
Le 28 mai, lundi, à Fontainebleau.—Le Roi revient de la chasse; il le va voir[408].
Le 29, mardi.—Il reçoit une escopette et deux grands et beaux barbets que lui envoie le prince de Galles. Il va à la poterie, où il prend plusieurs pièces, chiens, lions, taureaux, puis revient en sa chambre, où, sur le tapis de pied, il les fait combattre. A huit heures trois quarts mené chez Leurs Majestés, il y écoute la musique de voix et de luths; on ne l'en peut tirer tant il y étoit attentif; il joue après aux cartes, au reversis, M. le grand écuyer joue avec lui; il y jouoit d'affection et comme entendu.
Le 30, mercredi.—A neuf heures du soir mené chez le Roi, il prend le mot, le donne à M. d'Épernon, colonel de l'infanterie, puis à M. de Créquy, mestre de camp du régiment des gardes; il le refuse à M. de Bouillon, maréchal de France.
Le 5 juin, mardi, à Fontainebleau.—Le fils de M. de Saint-Luc, âgé de quatre ans, vient dire adieu au Dauphin; je lui demande bas à l'oreille: «Monsieur, vous plaît-il pas de lui donner quelque chose?»—Oui.—«Monsieur, quoi?»—Un cheval marin, qui étoit de poterie.—«Monsieur, vous plaît-il que je l'aille querir?»—Oui, mais ne prenez pas celui qui est cassé; il y en avoit. Je lui porte l'entier, il le lui donne gracieusement.
Le 6, mercredi, à Fontainebleau.—Il va à l'entrée de la galerie, où il s'amuse à tirer en cire Descluseaux pendant que le sieur Paulo le tire en cire; amusé jusques à trois heures et un quart; goûté; il s'amuse, avec de la cire, à faire un visage, pendant que M. Dupré, statuaire du Roi, le tire pour en faire une médaille; il sait tout ce qu'il faut faire et travaille fort dextrement, polit, fait les cheveux, perce les yeux, les oreilles, tout sur la trace grossière que M. Dupré lui en avoit faite.
Juin
1607