Le 7, jeudi, à Fontainebleau.—Il conteste contre Mme de Montglat, dit qu'il ne fera rien de ce qu'elle voudra, et là-dessus il est fouetté.—Il dit qu'il me veut peindre[409] en cire pendant que M. Dupré l'achèvera, et qu'il me fera la barbe pointue comme une épingle[410].
Le 9, samedi.—A huit heures mené chez Leurs Majestés, il leur donne le bonsoir; ramené à neuf heures et un quart, il voit danser les Égyptiens[411] en sa salle, ne veut point que M. Birat ne pas un des siens danse avec leurs femmes. A neuf heures trois quarts mené en sa chambre, dévêtu, mis au lit; l'on parloit de ce qu'il n'avoit permis la danse aux siens avec ces femmes; je lui demande: «Monsieur, voudriez-vous bien que j'eusse dansé avec elles?»—Non, dit-il, je ne voudrois pas que vous eussiez touché la main à ces vilaines femmes; elles sont si sales! Je ferai allumer dans la salle un grand fagot de genièvre.
Le 10, dimanche.—Mené à la messe en la chambre de M. d'Orléans, puis chez le Roi, qui avoit la goutte. A onze heures et demie dîné; il ne veut plus manger que l'on ne fasse sortir trois Égyptiens, disant qu'ils sentoient mauvais.
Le 14, jeudi.—A dix heures mené à la chapelle puis chez la Reine et avec elle à la procession[412]; le Roi avoit la goutte. A six heures et demie soupé; il va sur la terrasse, revient en sa chambre pour y recevoir don Diego d'Ivarra, Espagnol, qui étoit ambassadeur pour le roi d'Espagne dans Paris, quand le Roi le prit sur la Ligue; il s'en alloit en Flandres.
Juin
1607
Le 15, vendredi.—Pour n'avoir voulu ôter son chapeau à des gentilshommes qui l'étoient venus voir, après qu'ils sont sortis de sa chambre, il est pris par des femmes de chambre, mis et couché sur le lit et fouetté.
Le 16, samedi, à Fontainebleau.—Mis au lit de Mme de Montglat avec elle et son mari. A quatre heures et demie il va chez le Roi, qui le met dans son carrosse et le mène au grand canal.
Le 17, dimanche.—Mené chez le Roi, qu'il trouve en son antichambre, prêt à sortir, qui le mène au promenoir; il fait le tour entier du jardin du Tibre, entre en l'allée du chenil, où le Roi le renvoie. Ramené, il veut battre Bompar, son page, disant que c'étoit pour ne l'avoir point suivi, taisant la cause qui étoit pour avoir suivi le Roi, portant sur lui le parasol de M. le Dauphin; il retient longtemps cette vengeance. Bompar arrive, il va à lui à coups de verge, qu'il tenoit en sa main, et à coups de pied, ne lui veut point pardonner, quelque chose qu'on lui puisse remontrer, demeure froid et ferme sur cette opinion. A dîner, Bompar revient; Mme de Montglat dit au Dauphin qu'il lui commande de sa part d'aller savoir comme se portoit M. le grand écuyer, qui étoit malade; il répond: Je veux pas que ce soit Bompar, je veux que ce soit Charpentier, valet de garde-robe de Madame. Sur la menace du fouet par Mme de Montglat, il dit: Oui, oui, allez-y, Bompar; et quand il fut parti il reprit: Mais qu'il soit revenu, je le battrai bien, je lui donnerai cent coups de bâton, puis je l'envoyerai à la cuisine. Il dit tout cela froidement; il ne pouvoit oublier son maltalent. Bompar revient: Allez-vous en, dit-il, et il le chasse. «Monsieur, lui dit-on, il ira trouver papa, auquel il dira la cause pour laquelle vous l'avez chassé.» Il songe quelque peu de temps sans dire mot, puis tout à coup: Qu'on l'appelle. Il revient, et, pour rompre cette opiniâtre humeur de vengeance, je lui dis comme Bompar rentroit: «Monsieur, faites-lui boire le reste de votre Juin
1607 breuvage.» Il le fait, se prend à rire, l'ayant vu boire, et son humeur se passa.
Le 19, mardi, à Fontainebleau.—Il va par le jardin des canaux au Navarre[413], pour voir piquer les chevaux du Roi, y voit la Donzelle, cheval barbe, le Montgommery, cheval normand du haras de M. de Brueil, qui étoit le cheval de guerre du Roi.
Le 21, jeudi.—Il se réjouit de ce que Mme de Montglat dit que la Reine lui venoit de dire qu'il iroit à Saint-Germain: Ha! que j'en suis bien aise, moucheu Héoua, vos grands livres sont-ils encore à Saint-Germain?—«Oui, Monsieur.»—Les avez-vous fait serrer?—«Oui, Monsieur.»—Maître Gille (c'étoit son sommelier), je m'en vas à Saint-Germain, il faut que vous fassiez serrer ma coupe, mon verre et mon cadenas; mon bassin, faites le mettre dans un étui. Et vous, Devienne (son cuisinier), faudra faire serrer ma vaisselle.—Il va en la galerie, où l'on lui porte un tapis à l'entrée pour se jouer dessus; il faisoit grand chaud. Le cardinal Barberini, nonce, et le sieur Denis Caraffa, évêque, passant de Flandres pour aller nonce en Espagne, lui baisent la main.