Le 10, vendredi, à Saint-Germain.—Mené au palemail, il se fait mettre dans son petit carrosse découvert jusques à la chapelle, où il entend la messe faisant des gambades sur son carreau. Il va à son carrosse, y fait mettre dedans Madame, la petite Vitry et le petit Gramont de la Franche-Comté. Il dit à l'oreille à Indret, son joueur de luth, qui le menoit: Je veux être le valet de pied, mais le dites pas. Deux pages tirent le carrosse, il va à côté branlant les bras et marchant de l'air d'un laquais, se fait appeler le petit Louis. Mené en sa chambre, il se met sur les outils de menuiserie; il a deux pages et deux garçons de la chambre, auxquels il commande, leur fournit la besogne et se fait appeler maître Louis. Il vient en ma chambre, me demande papier et encre, se met à peindre, fait un oiseau, puis se met à faire Dondon, sa nourrice; comme il faisoit le nombril, il tire ce qui est plus bas, et l'ayant fait, dit: Et velà ce que je veux pas dire[419].

Le 11, samedi.—M. de la Luzerne, le jeune, le vient saluer; il lui montre ses armes. Mené à la chapelle du parc, il y entend la messe ayant son papier et sa plume à écrire; il falloit quelque chose pour contenir son esprit. Au sortir de là il s'amuse à faire paver l'allée d'une maison qu'il avoit faite les jours auparavant, y travaille et apporte lui-même [ce qu'il faut]; on ne l'en peut tirer jusques à ce que je lui dis qu'il falloit que les ouvriers allassent dîner. Le page de Mme de Montglat, Maisonrouge, demandoit de l'argent, menaçoit de ne revenir plus; le Dauphin lui dit: Venez ce soir; savez-vous pas qu'on paye les ouvriers le samedi au soir? Il s'amuse à ses outils de menuiserie, va en la chambre de Mme de Montglat, la prie Août
1607 de lui donner un grand cabinet d'Allemagne qu'elle avoit; elle le lui donne, il ne veut point ouïr parler de donner le sien, qui étoit petit, à Mme de Vitry, qui le lui demandoit. A neuf heures dévêtu, mis au lit, il s'amuse à crayonner avec du rouge fort proprement et dextrement.

Le 12, dimanche, à Saint-Germain.—Il monte en la chambre de sa nourrice, qui étoit accouchée le matin, puis entre en la mienne, s'amuse à la fenêtre qui regarde le préau à parler aux passants, et leur demande: Qui êtes-vous? où allez-vous? Il fait sauter, courir, danser sur le pont de la chapelle des pauvres garçons, puis à la fin leur jette quatre grands blancs attachés à une pierre.

Le 13, lundi.—Il va à la chambre de la Reine, où il fait faire du feu et y mettre sa petite marmite, dans laquelle il met du mouton, du lard, du bœuf et des choux, appelle et prie chacun pour être à la collation, y fait monter Mlle de Vendôme. Il s'amuse à peindre en crayon, n'en peut sortir.

Le 14, mardi.—On lui dit que M. de Verneuil arrive[420]; le voilà de courir jusques au pied de l'escalier avec grandes exclamations et glapissements de joie; il en étoit tout transporté, l'embrasse, lui demande: Avez-vous soupé?—«Non, mon maître.»—Allez-vous-en souper, lui dit-il, faisant le maître et l'honneur de la maison.

Le 16, jeudi.—En prenant son bouillon dans son écuelle de porcelaine, on lui louoit la porcelaine; je lui dis que le Grand-Turc buvoit dans des vases de porcelaine: Ho! dit-il, je veux plus prendre du bouillon là dedans, et il repousse son écuelle.—«Monsieur, lui dis-je, c'est pour ce que le Grand-Turc est un grand prince et qu'il n'y a que les rois et les grands princes qui en usent.» Août
1607 Il revient à soi, la reprend et me demande: Papa s'en sert-il?—«Oui, Monsieur.»

Le 17, vendredi.—Éveillé à six heures et demie; levé avec impatience de faire déménager pour aller à Noisy[421], à cause de la peste qui depuis avoit été découverte sur une femme, au-dessus du cimetière, ce dont on avoit averti le Roi, qui étoit à Monceaux; il dépêcha M. de Frontenac, qui arriva le jour précédent à quatre heures et demie après midi, portant commandement d'aller à Noisy. Il presse de charger, va lui-même en sa chambre, où il aide à emballer un matelas; jusques à trois heures c'est une perpétuelle inquiétude et soin, pour faire partir le reste des bagages qu'il voyoit en la cour, du dessus de la terrasse; il descend, remonte, est mené en la chapelle à cause du chaud. Enfin, parti de Saint-Germain à cinq heures, M. de Frontenac étant revenu de Poissy, et à son arrivée ayant reçu nouvelles du matin à dix heures, de Monceaux, de la maladie du Roi. Le Dauphin arrive, fort gai et ne faisant que chanter, à Noisy, à six heures et demie. Aussitôt qu'il est descendu il demande d'aller au jardin, y est mené, va partout. Amusé jusques à neuf heures, dévêtu, mis au lit, Mme de Montglat lui dit que l'on alloit à la chapelle prier Dieu pour papa: Et pour moi aussi, Mamanga, dit-il promptement et d'affection[422].

Août
1607

Le 18, samedi, à Noisy.—A huit heures et demie déjeûné; il me dit: Allons promener, mousseu Héroua; voulez-vous bien que je vous montre la grotte. Il me va montrant tout ce qu'il avoit vu le jour précédent, ayant remarqué jusques aux moindres choses. Ramené, et à neuf heures mené à la chapelle. A cinq heures mené au parc puis au jardin; à six heures trois quarts ramené, il veut hausser le pont levis. Mme la marquise de Ménelay[423] le vient voir. Dévêtu, mis au lit, il donne le mot à MM. de Mansan et de la Court: Saint Jacques.

Le 19, dimanche, à Noisy.—M. du Tost, mari de la nourrice de Madame, lui apporte une pie-grièche qu'il avoit dressée à voler le moineau; il se fait donner son gant de fauconnier, la prend sur le poing, et, dans la salle haute, la lâche fort à propos après un moineau, lui en fait voler deux. Il veut aller aux Cordeliers ouïr vêpres; sur la fin la patience lui échappe, et il s'en va aux orgues, puis remonte au château, prend la pie-grièche, lui fait voler un moineau en la salle. L'on présentoit la collation à Mme la marquise de Ménelay; Mlle de Ventelet dit au Dauphin: «Monsieur, que n'allez-vous? on y fait collation.»—Ho! Mamanga, mousseu Héroua y sont; ils ne feroient que me gronder, j'aime mieux y aller pas; c'est qu'il craignoit d'être contrôlé devant Mme la marquise. Mené au parc, où il se fait porter du papier et de l'encre pour y écrire une lettre au Roi par M. de l'Isle-Rouët. A six heures et demi soupé; il va sur la première terrasse hors la cour, danse avec les filles, leur dit des chansons grasses, puis tout riant les quitte et danse avec M. de Verneuil, Août
1607 M. de Mansan, M. de la Court et moi; il chante: En revenant de cette ville, etc., on ne l'en peut tirer.