Le 24, vendredi, à Noisy.—Il lui prend humeur de vouloir aller à la chasse, commande à M. de Ventelet: Tetay, faites atteler le carrosse, je veux aller à la chasse. Taine, faites tenir prêts les oiseaux; il commande sérieusement et avec action et passion. A quatre heures et demie il entre en carrosse pour aller à la chasse (c'est la première fois), est mené aux environs du moulin de pierre allant vers Versailles[424], voit prendre près de lui un levraut avec deux lévriers, cinq ou six cailles à la remise chassées par le haubereau, et deux perdreaux, dont un pris par son épervier; l'on vit un grand renard qui se sauvoit vers le moulin. Ramené à six heures trois quarts, il raconte en soupant ce qu'il a vu de la chasse. Mme de Vitry lui vient porter un bouquet, disant que demain est Saint-Louis, sa fête, et qu'il faudra qu'il paye sa tarte pour tous; il s'en met en colère, et la chasse de sa chambre.
Le 25, samedi.—On lui apporte morte sa pie-grièche, où il prenoit fort grand plaisir; il ne s'en émeut pas beaucoup, mais lui fait ôter la longe et les sonnettes, disant froidement: Ce sera pour une autre, encore qu'en son âme il en fût marri, mais ne vouloit pas faire paroître son déplaisir.
Le 26, dimanche.—Il presse M. de Ventelet pour lui faire porter la tarte qu'il avoit commandé de faire pour sa fête Saint-Louis, que Mme de Montglat avoit remise à ce jour d'hui, parce que le jour précédent, qui étoit la Saint-Louis, elle faisoit faire un service aux Cordeliers pour la quarantaine après le décès de M. de Montglat.
Le 28, mardi.—Il s'amuse à crayonner, fait cette Août
1607 copie[425] de Mme la marquise de Menelay, fille de feu M. le maréchal de Retz, sans aide aucune.—Il va à la ferme, trouve des petits enfants du fermier, s'amuse à les entretenir, puis leur donne de l'argent.
Le 29 août, mercredi.—Mené aux jardins du côté de Bailly[426], il visite tout, monte à la grotte. A neuf heures mis au lit, il entre en mauvaise humeur; Mme de Montglat lui montre des verges: Hé! Mamanga pardonnez-moi, et se prend à pleurer. Mme de Montglat lui dit: «Ne pleurez point.»—Vous me voulez fouetter, et vous voulez pas que je pleure! Il continue, et est fouetté.
Le 5 septembre, mercredi, à Noisy.—A dix heures le Roi arrive; il lui va au devant, le rencontre hors du pont-levis; à onze heures trois quarts dîné avec le Roi; il mène le Roi se reposer sur son lit. A quatre heures et demie le Roi part pour s'en aller coucher à Villepreux[427], le Dauphin pleure; on le met dans le carrosse de Mme de Montglat, et il suit ainsi le Roi jusques près de Villepreux, où il vouloit aller avec le Roi, vers lequel il envoya M. de la Court, exempt au corps et servant près de lui, pour savoir s'il lui plaisoit pas de lui permettre d'aller à Villepreux. Il rapporte que le Roi ne le veut pas: Hé! je le veux moi, dit-il impérieusement; touche, carrossier, touche! L'on fait insensiblement tourner le carrosse vers Noisy, lui faisant croire qu'il alloit à Villepreux, de façon que se voyant près de Noisy il entre en colère, accuse M. de Verneuil, qui étoit dans le carrosse, au cul des chevaux: Ha! c'est féfé Véneuil qui l'a dit au carrossier; fouettez-le, Mamanga, et je vous promets que Sept
1607 jamais je ne serai opiniâtre. Enfin il arrive à Noisy; l'humeur lui passe.
Le 6, jeudi, à Noisy.—Le Roi arrive de Villepreux, l'envoie querir et mener au Cordeliers; dîné avec le Roi; il va en la chambre de Madame, s'y joue devant le Roi, qui à onze heures trois quarts part pour aller courir le cerf et coucher à Villepreux; il pleure fort pour le départ du Roi.
Le 8, samedi.—Il dit ses quatrains de Pibrac. Mené dehors, il s'amuse à la petite grotte sèche, à l'entrée du parc. Mis au lit, il me commande de lui montrer ma montre, de monter la sonnerie, demande la raison des mouvements, veut savoir tout.
Le 10, lundi.—MM. de Souvré, de Béthune, baron de Lux, de Gondi, le viennent visiter, et, peu après, le cardinal Barbarini, nonce du Pape, qui s'en retournoit à Rome. Mené aux parterres du côté de la grotte, il se joue dans la salle qui est dessus, sort, entre, court, n'en peut partir.—L'on parloit d'un mulet sur lequel un des officiers étoit allé aux champs: Il a des cors aux pieds, dit le Dauphin; c'est qu'il avoit le boulet enflé: il savoit et remarquoit tout.
Le 11, mardi.—Le sieur du Glast, gentilhomme anglois, écuyer du prince de Galles, le vient visiter de la part de son maître, avec une couple de petits pistolets qu'il lui envoie, accompagnés d'une lettre dont la teneur ensuit: