Le 17, lundi.—Il s'amuse à regarder Boileau, qui fait des crayons[430], et il dit ses quatrains de Pibrac en musique.

Sept
1607

Le 18, mardi, à Noisy.—Il s'amuse à voir peindre par Boileau, sait les noms de la matière des couleurs. A trois heures trois quarts dévêtu, mis au lit. On lui faisoit des contes de Mélusine; je lui dis que c'étoient des fables, et qu'elles n'étoient pas véritables. Mme de Montglat lui fait le conte de Daniel jeté aux lions; il y prend grand plaisir. Je lui fais celui de la tour de Babel et de la confusion des langues, il demande: Y avoit-il des François?—«Oui, Monsieur.»—Les François faisoient le mortier, et ils bailloient de la pierre. Puis je lui fis celui de David quand il tua Goliath; il me le fait redire plusieurs fois, me demande si David étoit bien aussi grand que M. le Chevalier, si sa fronde étoit de corde, si la pierre étoit pierre de liais; c'est qu'il avoit retenu ce mot ayant vu à son promenoir une grande table de pierre de liais, au jardin, et entendu dire quelle étoit bien dure. Il demande si Goliath étoit bien grand, s'il étoit plus haut que sa chambre, si son cheval étoit bien grand, de quel poil il étoit, s'il eût bien porté six hommes, si Goliath étoit bien pesant, s'il montoit tout seul dessus sans aide, et, de tous ces contes, demande: Cela est-il vrai?—«Oui, Monsieur, lui dis-je, ils sont dans la Bible[431].»—Je les veux apprendre, puis je les conterai à papa, car ils sont vrais, ils sont dans la Bible de Mamanga. Ma sœur fera des contes de la mouche guêpe qui a piqué la chèvre au cul, qui ne sont pas vrais, mais je ferai ceux-ci qui sont vrais. Mamanga, avez-vous ici votre Bible?—«Non, Monsieur.»—Il faut l'avoir, et quand nous serons en carrosse vous me la lirez.

Le 19, mercredi.—Il s'amuse à regarder Boileau, qui Sept
1607 peignoit le père du Roi[432]. Je lui demande: «Monsieur, lequel aimez-vous mieux, ou étudier ou danser?»—J'aime mieux étudier; il n'aimoit point la danse de son naturel.

Le 23, dimanche, à Noisy.—Amusé avec de la craie, il écrit contre la porte Loys, assez bien, m'appelle pour me le montrer. Mené à la chapelle, puis à onze heures trois-quarts dîné. Il entre en mauvaise humeur, et ne veut point que M. de Verneuil dîne avec lui; Mme de Montglat le y fait dîner. Madame, assise au bout de table, fait des remontrances au Dauphin: Ha! Jésus! Monsieur, il faut pas faire cela; on vous reconnoîtroit pas pour le fils du Roi seulement. Il faut pas avoir des fantasies; on les balie par le cu, Monsieur, mais on les balie pas comme la terre; on fait ainsi: Chac, chac. Il faut pas avoir des humeurs, Monsieur, Mamanga vous fouetteroit[433]. Il n'osoit dire mot, l'écoutoit sans faire semblant de l'entendre; elle lui dit encore: Ha! Monsieur, il faut pas dire cela, il faut pas parler ainsi aux gouvernantes, cela n'est pas beau, Monsieur; c'est qu'il disoit à Mme de Montglat qu'il ne feroit pas ce qu'elle vouloit.—Mené par la cour au jardin des orangers, ramené à six heures.

Le 25, mardi.—Il s'amuse à écrire et peindre, m'appelle pour me montrer son ouvrage, et me le donne en intention de le mettre dans le registre[434].

Le 26, mercredi.—Il écrit au Roi, lui ayant imprimé[435] les lettres. Comme j'écrivois ceci, Monseigneur le Sept
1607 Dauphin est monté ici en ma chambre, m'a fait quitter l'écriture pour l'aller promener[436].

Le 27 septembre, jeudi.—A goûter on lui sert une tarte aux pommes, à cause du jour de sa nativité[437]. Mené à vêpres, aux Cordeliers, pour ouïr chanter le Te Deum à cause du jour de sa naissance, et ayant vu un cordelier tenant un grand fouet à chasser les chiens, il en a peur, s'en va dehors sous l'ormoie; on ne le peut ramener.

Le 1er octobre, lundi, à Noisy.—Mené à la noce de la fille du concierge, il y a dansé.

Le 3, mercredi.—Il est vêtu de sa robe à haut collet, robe de satin gris; c'est la première qu'il a portée de cette sorte, et on lui a ôté sa bavette.