Le 9, mardi.—A neuf heures et demie parti pour aller à Saint-Cloud trouver LL. MM., il y a dîné; ramené à Noisy à huit heures[438].
Le 14, dimanche.—A neuf heures et demie il part pour aller aux Cordeliers pour ouïr une première messe; il en sort, dit que la messe est trop longue. M. de Béthune arrive, cela ne l'émeut point; il est fouetté devant le logis du jardinier, Descluseaux le tenant; il y va forcé.
Le 15, lundi.—Il s'amuse à voir peindre Boileau, auquel il faisoit copier en crayon le roi Louis douzième. Mené en carrosse à Villepreux, en la maison de M. le cardinal de Gondi, il s'amuse à des régales[439] qu'il y avoit en la chambre. Mme de Montglat lui demande en revenant quel, de Noisy ou de Villepreux, il aimeroit le mieux; Oct
1607 il répond: Villepreux.—«Monsieur, pourquoi?»—Pour ce qu'il y a des orgues.—«Monsieur, il y en a aussi aux Cordeliers de Noisy.»—Ho! j'aime point ceux-là; il y avoit été fouetté.
Le 19, vendredi, à Noisy.—Le comte de Gatinara, dépêché vers le Roi de la part de M. de Savoie pour la naissance de M. d'Orléans, le vient saluer, lui disant en avoir commandement de son maître. Il va en sa chambre, et de son mouvement fait ôter de la tapisserie tous ces crayons en papier qu'il y avoit fait attacher, faits par Boileau; il commence lui-même à les ôter, reconnoissant qu'ils n'étoient pas bien faits, et par ainsi ne vouloir être vus par l'ambassadeur: Je les veux, dit-il, montrer seulement à papa. A deux heures et demie l'ambassadeur prend congé de lui.—Mené au parc, il va jusques à la ferme des Essars, maison autrefois appartenante au sieur des Essars[440], traducteur de l'Amadis de Gaule, et qu'il a traduit en ce lieu.
Le 20, samedi.—Il s'amusoit avec la clef de ses tablettes à ouvrir celles de Mme de Montglat; il les ouvre, et soudain s'écrie: Hé! Mamanga, je m'en vas vous montrer un miracle. La clef de mes tablettes ouvre les vôtres.—A onze heures arriva, conduit par M. de Béthune, le marquis de Bevilaqua, venu de la part du Grand-Duc vers le Roi, pour la naissance de M. d'Orléans, et vers le Dauphin pour lui remettre des lettres du grand-duc, de la grande-duchesse et du prince de Toscane[441] que Oct
1607 l'ambassadeur appelle grand prince en parlant au Dauphin, lui disant que tous trois se recommandoient à ses bonnes grâces.
Le 21, dimanche, à Noisy.—Il voit danser en la salle l'épousée du fauconnier de M. de Paris[442].
Le 23, mardi.—Mené par le haut du parc à Bailly, il voit la maison de M. Veillard et de M. de Laistre.
Le 25, jeudi.—Éveillé à une heure après minuit par le bruit qui fut fait pour le feu qui s'étoit mis au lit des femmes de chambre qui couchoient dans la garde-robe, où lors couchoit Mme de Montglat pour avoir pris médecine le jour précédent. Il ne y avoit que la muraille entre deux de la garde-robe et de la chambre du Dauphin. Sa nourrice, tout en chemise, le prend et le porte en la chambre de M. d'Orléans, située sous la sienne; il fut couché avec sa nourrice, au lit de Mlle de Ventelet, tout tremblant. Mlle de Vendôme y fut portée et couchée. Il renvoyoit au feu tous ceux qui le venoient voir, disant: Allez vous-en aider à éteindre le feu.—A deux heures mis en carrosse, mené à l'abbaye de Saint-Sixte; goûté à trois heures, confitures, pain et biscuit de l'abbesse. Il va en l'église comme par force, s'en veut retourner, est ramené à quatre heures à Noisy. M. le marquis de Renel et moi parlions, dans le carrosse, des voyages où nous nous étions vus aux armées du temps du feu Roi[443], conduites Oct
1607 par feu M. de Joyeuse; il écoute à l'accoutumée, attentivement, sans dire mot; Mme de Montglat lui demande: «Monsieur, vous ne dites mot; oyez-vous bien tout ce qu'ils disent?» Il répond froidement: J'y songe.
Le 26 octobre, vendredi, à Noisy.—A neuf heures déjeuné; il fait parfumer par où avoit passé Le Borgne, son portefaix, l'ayant fait mettre hors de la chambre, et disant qu'il puoit, en bouchant son nez. C'étoit d'autant que Le Borgne l'appeloit boutefeu, disant qu'il avoit mis le feu en la maison de M. de Paris. A neuf heures trois-quarts mené à la chapelle où le sieur de La Vigne, archer harquebusier aux gardes du Roi, répondit à la messe, tenant sa harquebuse, ayant sur le poing le haubereau chaperonné de velours vert qui étoit à Monseigneur le Dauphin. Mené promener au bout de l'ormoie, sur la haie du grand chemin, il regarde passer les poulaillers qui vont à Paris, venant de Normandie, leur demande d'où ils sont, ce qu'ils portent.
Le 28, dimanche.—Il fait parfumer de fumée de genièvre par où Le Borgne, portefaix, avoit passé portant le bois dans sa chambre, pource qu'il disoit qu'il puoit; mais c'étoit de haine pource que Le Borgne lui faisoit la guerre, l'appelant brûleur de maisons et qu'il avoit mis le feu en la maison de M. de Paris.—Louise Joron, l'une de ses femmes de chambre, a été accordée dans sa chambre; il a signé les articles après la trace qui lui en a été faite; ç'a été son premier seing valable. Il va en la chapelle, aux fiançailles.