Le 15, vendredi.—Il fallut envoyer acheter du pain au village, le sien sentoit le blé pourri, à l'accoutumée.

Le 16, samedi.—Le sieur de Ferrals arrive de la part de la reine Marguerite, et lui apporte un navire d'argent doré sur roues, allant au vent à la hollandoise; il l'en remercie par écrit.

Le 19, mardi, à Saint-Germain.—Habillé par-dessus sa robe d'un pourpoint de toile blanche et d'un haut-de-chausses de même, et masqué, il recorde son ballet des Lanterniers.

Le 20, mercredi.—Mené à la messe en la petite salle, il y prend des cendres, puis il est ramené en sa chambre, où entrant il dit gaiement: Ha! c'est à ce coup que j'en ai, en portant sa main aux cheveux. A quatre heures il va au bâtiment neuf, au devant du Roi; à six heures soupé avec le Roi.

Le 21, jeudi.—Il va chez le Roi, où le nonce du Pape Ubaldini, évêque de Montepulciano, le vient saluer et Fév
1608 lui baiser les mains. Mené dans le carrosse du Roi à La Muette, au devant du Roi, qui étoit allé courir le cerf, il est entré dans la maison, voit passer le cerf à la Croix-Dauphin. Ramené à quatre heures et demie, il va à cinq heures chez le Roi. A six heures soupé; il va en la chambre de Mme de Montglat pour s'habiller pour danser son ballet, ne veut que personne le sache ni le voie, de peur d'être reconnu, et d'autant qu'il étoit habillé en fille, comme étoient aussi tous ceux qui le dansoient avec lui et masqués. C'étoient Mgr le Dauphin et Mlle de Vendôme, Mme et Mlle de Vitry; M. le Chevalier et M. de Verneuil; Marguerite, nièce de Mme Valon, et Mlle de Verneuil; Nicole, fille de la nourrice de Madame, et Louise, fille de celle de Mgr le Dauphin. Le ballet, c'étoit celui des Falots, pource qu'ils avoient chacun un demi-cercle revêtu de laurier, et au-dessus un petit falot où il y avoit de la bougie allumée; ils faisoient trois figures: un H, un O, un L, puis passoient sous les cercles et dansoient à la fin une courante. Ils partent à huit heures en la grande chambre du Roi, où, en sa présence, ils l'ont dansé fort bien, ne l'ayant point auparavant recordé masqués ni habillés. Le Roi en pleura de joie parlant à deux jésuites, l'un espagnol, l'autre italien. Toute la cour l'admira; ils l'avoient appris en quatre jours. A neuf heures un quart dévêtu, mis au lit, il voit le Piémontois, soldat en la compagnie de M. de Mansan, qui avoit inventé le ballet et dit, le montrant du doigt: Velà celui qui a inventé le ballet; comme voulant rendre l'honneur à celui auquel il étoit dû. Il envoie de son écriture à l'Infante avec ses recommandations, après s'en être fait un peu presser, et par permission du Roi, qui commanda au sieur Birat de l'apporter à un jésuite espagnol qui s'en alloit en Espagne. Le Dauphin avoit écrit ces mots: Le sage écoute le conseil que l'on lui donne.

Le 22, vendredi.—Il écrit cinq lignes d'exemple, en présence du P. Labastide, jésuite espagnol, qui s'en alloit Fév
1608 en Espagne, auquel il le bailla avec son baise-main à l'Infante. Il entend la messe, puis est mené sur la terrasse du Mercure, pensant y trouver le Roi, qui ne faisoit que de partir pour aller à la chasse, delà l'eau. A deux heures mené sur la terrasse de Mercure, il s'y joue jusqu'à deux heures trois quarts, est ramené pour se trouver à l'arrivée du Roi, en la cour du vieux château, revenant de la chasse. Il monte en sa chambre, et lui détache les aiguillettes de ses chausses à botter, avec affection et désir de complaire, puis il va en la salle du bal voir courir un blaireau. A cinq heures et demie mené chez le Roi, et à six heures soupé avec le Roi. A huit heures et demie il donne le bonsoir au Roi, est ramené en sa chambre, est en colère de ce que M. de Vendôme vouloit faire fouetter M. le Chevalier; il dit: Je dirai demain à papa, je vous en assure, que féfé Chevalier a été tout le jour avec moi, et que féfé Vendôme y a point été, qu'il est allé jouer aux cartes chez sœu-sœu Vendôme tout le jour. Il montre sa guillery à la petite Ventelet; Mme de Montglat l'en reprend, et lui demande qui lui a appris cela: C'est féfé Vendôme. Il l'accusoit par colère qu'il gardoit contre lui.

Le 23, samedi.—A huit heures il va chez le Roi, écrit en sa présence, puis à neuf heures déjeûne avec le Roi, mange du pain bis, de celui de mes valets qu'il envoya querir, et le Roi en mangea de même. Il va avec le Roi jusques au bout du palemail, est ramené par le jardin au château, à la messe. A une heure il entre en carrosse pour aller rencontrer le Roi, qui étoit à courir le cerf, s'arrête auprès de La Muette, où, à deux heures, dans le carrosse, il a goûté. Mené sur le lieu où le cerf avoit été pris, il lui est montré; c'étoit un cerf de dix cors. Ramené et arrivé au château à quatre heures, il toucha les chevaux avec le fouet du cocher, s'étant mis sur le devant. A cinq heures mené chez le Roi et à six heures soupé; il mange du beurre salé de Bretagne, Fév
1608 envoyé au Roi de la part de M. de Montmartin. A sept heures il va en sa chambre, en la chambre de Madame, joue du tabourin de basque fort bien, en concert avec Hindret, son joueur de luth, et Boileau son violon; il avoit appris de lui-même. A huit heures mené pour donner le bonsoir au Roi et jouer leur concert, il s'arrête à la porte du cabinet et ne voulut jamais entrer pour jouer, comme ayant reconnu que c'étoit chose messéante à sa qualité; le Roi le sut, et le trouve bon, et aussitôt qu'il eut su que le Roi avoit trouvé bon le refus qu'il en avoit fait, il entre incontinent et va donner le bonsoir au Roi.

Le 24, dimanche, à Saint-Germain.—Mené chez le Roi, il va avec lui à la messe, en la chapelle du bâtiment neuf; le Roi part à neuf heures et un quart pour s'en retourner à Paris. Joué aux jonchets avec sa nourrice; il se fâche quand elle gagne.

Le 25, lundi.—Il s'amuse à son canon d'argent, est mené sur la terrasse du bâtiment neuf, d'où il va en la cour voir courir un renard. A douze heures et un quart dîné; il est aux fenêtres du préau, voit dehors un petit porte-panier, l'appelle et lui demande d'où il étoit; lui ayant répondu qu'il étoit de Savoie, il lui commande de monter en sa chambre; il voit une écritoire dorée, il l'achète, une paire de couteaux, un ganif (sic), des plumes et de la cire d'Espagne; et à chaque pièce il demandoit: Combien cela? et à chacun il disoit: Ce n'est pas assez, il en faut tant. Il va au devant d'un valet de pied du Roi qui apportoit des lettres à Mme de Montglat, pour faire préparer le voyage de Fontainebleau, et lui demande: Papa m'envoye-t-il queri?—«Monsieur, je ne sais pas,» répond le valet.—Ho! nous velà bien camus! dit-il en souriant, puis quand il eut su le voyage: Ha! que le nez m'est revenu!

Le 28, jeudi.—Éveillé à six heures, il demande plusieurs fois s'il est jour, pour avoir à partir et aller à Paris Fév
1608 puis à Fontainebleau. A sept heures levé, à huit heures et demie déjeûné; il s'amuse à voir déménager pour partir. A dix heures il entend la messe en la petite salle, puis à onze heures dîné. Peu après il commence à presser le partement, va deçà delà, jette de l'argent aux pauvres, en envoie à un aveugle. A une heure et demie il entre dans le carrosse de la Reine, duquel la flèche, toute neuve, n'ayant fait que venir de Paris, se rompit au-dessous de la Verrerie, et il fallut le mettre avec Madame, M. et Mlle de Verneuil et Mlle de Vendôme dans le carrosse de M. de Béthune. Arrivé à Saint-Cloud, au logis de M. de Gondi, à quatre heures, il va aux jardins et surtout au petit ruisseau qui est sous le berceau, puis à la fontaine du rocher.