Le 9, dimanche, voyage.—A une heure il part de Ris; goûté au Plessis dans son carrosse; il arrive à Melun à cinq heures et trois quarts.

Le 10, lundi, voyage.—Mené à Saint-Père, à la messe; on lui montre le tableau de la belle Agnès et celui d'Étienne Chevalier, qui le donna en ce temps-là[475]; il semble tout frais, pour avoir été bien conservé. A douze heures et demie il entre en carrosse, et part de Melun pour aller à Fontainebleau, où il arrive à trois heures et un quart. Goûté; il prend du coffre de son petit carrosse une petite truelle et une auge d'argent, qu'il y avoit enfermés à son partement, va sur la petite terrasse de sa chambre, se met sur la maçonnerie.

Le 11, mardi, à Fontainebleau.—Il donne gaiement un écu à chacun des valets de pied et à ceux de la Reine qui l'avoient servi (ils étoient quatre); un écu Mars
1608 à chacun des cochers (ils étoient deux), et demi-écu à un garçon du cocher qui avoit été blessé à une main dans la forêt. MM. de Souvré, de Béthune et de Saint-Géran, qui l'avoient accompagné, s'en retournent. Amusé sur la terrasse à sa maçonnerie.

Le 12, mercredi, à Fontainebleau.—Éveillé à sept heures et demie, il s'amuse (dans son lit) à polir et travailler un visage en cire. Quatre grands garçons et portefaix, qui avoient aidé à transporter les meubles[476] et bagages, viennent le supplier de leur donner quelque chose; il les regarde, puis demande: Où est Mamanga? Je lui dis qu'elle étoit en son cabinet; il y va, et, s'arrêtant sur le pas du degré de la terrasse, il se retourne demandant: Combien êtes-vous? ils lui répondent: «Quatre.»—Bon, bon, et il s'en va au cabinet: Mamanga, je vous prie, dounez-moi quatre écus pour douner à ces portefaix qui ont porté mes meubles; ils sont quatre.—«Monsieur, dit-elle, combien leur voulez-vous donner?»—Quatre écus, Mamanga.—«Monsieur, n'est ce pas assez de deux?»—Hé! non, Mamanga, ils sont pauvres! Elle lui donne les quatre écus; il leur en donne deux, puis se retournant à Mme de Montglat: Maman, je vous prie, ne soyez point fâchée si je leur doune encore ces deux écus; en serez-vous point fâchée?—«Non, Monsieur.»—J'en suis bien aise, tenez; et il leur donne les deux écus fort gaiement.

Le 13, jeudi.—Bigneux, page de Mme de Montglat, revient de Moret, où elle l'avoit envoyé pour visiter Mme la comtesse de Moret, et lui dit que M. de Moret, son frère, lui baisoit très-humblement les mains: Mon frère! il Mars
1608 est pas mon frère; vous êtes un sot, je vous fairai donner le fouet, et pour chaque mot vous aurez vingt coups de fouet
.

Le 14, vendredi.—Il s'amuse à faire faire des couleurs par un jeune peintre, écrit son exemple. Mme la comtesse de Moret le vient voir; il est mené à la Coudre[477] par le grand jardin et le village, d'où il demande d'aller à la mi-voie; il ne veut point entrer dans le carrosse de Mme de Moret, veut aller à pied. Ramené, il danse aux chansons, chante en concert: Frère Ambroise, etc.

Le 15, samedi, à Fontainebleau.—Je lui dis que le Roi m'avoit commandé d'aller voir M. de Moret et s'il lui plaisoit me donner congé? Il me demande: Où est-il?—«Monsieur, il est à Moret.»—Je veux pas.—«Monsieur, le Roi me l'a commandé.»—Je veux pas; allez-vous-en, vous êtes un méchant homme, ne revenez plus. Je m'en allai en ma chambre; quand je lui dis que c'étoit pour aller à Moret, il devint rouge comme feu. A six heures et un quart soupé; il me reproche que je suis son médecin et que je suis allé voir le petit Moret.

Le 19, mercredi.—Mené promener au jardin des canaux et des fruitiers, où il mène Mme de Saint-Georges pour lui montrer les autruches, et va lui montrant tout, comme fait le Roi aux nouveaux venus.

Le 20, jeudi.—Il va en la galerie des Cerfs, reconnoît le Louvre[478]: Ha! velà le Louvre qui est à Paris, c'est Paris qui est mon mignon; puis il reconnoît Saint-Germain-en-Laye avec allégresse. Il s'en va à la poterie; on lui demande ce qu'il veut: Attendez, j'y songe: Combien Mars
1608 vendez-vous cela?
dit-il en montrant la figure du Roi; on lui en demande trois écus; il commande de les bailler, prend l'effigie du Roi, l'embrasse, la donne à porter à sa nourrice, et revient à sa chambre[479]. M. Hubert, médecin du Roi, arriva pour M. de Verneuil, qui avoit la rougeole[480], le Dauphin me demanda ce qu'il venoit faire ici.—«Monsieur, lui dis-je, c'est pour me relever, il vient en ma place.» Rougissant et souriant, il se lève, me saute au col: Ha! vous vous moquez, je veux pas.

Le 22, samedi, à Fontainebleau.—Mme de Saint-Georges lui dit adieu, puis la petite Vitry, qui alloit avec elle; il la regardoit de bon œil en se souriant et étoit rouge. Il se fait presser de la baiser, le fait lui tendant la joue à son accoutumée, puis s'étant retiré il s'avance en sursaut et lui porte la main au sein. A six heures et un quart soupé; à sept heures il va au devant de la Reine, qui arrivoit, la rencontre au haut de l'escalier du donjon, la conduit en sa chambre, y est en attendant le Roi, qui étoit encore à la chasse du cerf, et le Roi ne venant point, il donne le bonsoir à la Reine.