Le 23, dimanche.—Il va donner le bonjour au Roi et Mars
1608 à la Reine, puis se va promener avec le Roi; dîné avec le Roi.

Le 24, lundi, à Fontainebleau.—Il va au jardin du Tibre y attendre le Roi, qui étoit allé se promener et voir ses ouvriers, va donner le bonjour à la Reine. Voulant donner un coup de chapeau à Soldat, l'un des chiens du Roi[481], le chien se jette sur lui, le surprenant; il en pleure. Le Roi le tance d'avoir eu peur, et lui dit qu'il ne faut avoir peur d'aucune chose; il lui répondit: C'est que je n'y pensois pas.

Le 25, mardi.—A six heures soupé avec le Roi; à dix heures dévêtu, mis au lit, il appelle la jeune Ventelet pour lui apprendre une chanson qu'elle savoit; il en apprend quelque chose. Soudain, elle lui dit: «Mon Dieu, Monsieur, quel esprit vous avez! Vous apprenez incontinent tout!» Il lui répond en se souriant: J'ai mon esprit fait comme les joues de Robert, le singe de papa; il fourre, il fourre tout dedans.

Le 26, mercredi.—Il va trouver le Roi en la chapelle basse du donjon[482], où il entend la messe, puis le suit en la chambre de la Reine, où, sous espérance de dîner avec elle, il demeura jusques à une heure, n'en voulant en aucune façon partir. Soupé avec le Roi.

Le 28, vendredi.—Éveillé à sept heures avec quelque inquiétude; il disoit avoir fait des songes qu'il ne vouloit pas dire, de peur de s'en souvenir et que cela ne l'empêchât de dormir la nuit suivante. En déjeunant Mars
1608 je lui demande ce qu'il avoit vu en songeant.—Un homme habillé de blanc.—«Monsieur, que vous a-t-il dit?»—Rien.—«Monsieur, que lui avez-vous dit?»—Qu'il étoit un sot, et n'en voulut dire autre chose.

Le 29 mars, samedi.—Il va trouver le Roi au jardin du Tibre, fait courir M. Birat après lui, tout à travers les parterres. Dîné avec le Roi; il va chez la Reine avec le Roi, puis en sa chambre. Mené par le bout de la galerie au jardin des canaux, il va après au grand Navarre, où il voit piquer des petits chevaux de M. de Vendôme; ramené, il va au jardin de l'étang, s'amuse à jardiner et à planter des pois; on ne l'en peut tirer. A cinq heures je dis à Mme de Montglat qu'il commençoit à faire froid: Ho! dit-il, je vois bien, mousseu Héroua n'est pas de mon côté? Ramené en sa chambre, il va peu après chez le Roi, y a soupé; bu du vin clairet du Roi, fort trempé; il avoit soif, il le trouve bon, mange du massepain, de celui du Roi, boit encore du vin clairet du Roi, un bon coup: Ha! qu'il est bon! il seroit bien meilleur s'il n'avoit point d'eau, qu'il fût bien rouge, bien rouge, dit-il avec action. Il y faudra prendre garde pour ce regard[483].

Le 30, dimanche, à Fontainebleau.—A dix heures et demie, M. le prince de Condé, MM. de Guise, de Joinville, d'Aiguillon le viennent prendre en sa chambre pour l'accompagner à la cérémonie des Rameaux, que le Roi voulut qu'il fît en sa place. Le tambour le prit au sortir de la chambre, à l'entrée de la terrasse; il marche en cérémonie et tenoit bien son rang, nullement étonné. Mis au lit, il veut que Bompar, son page, soit botté tous les matins pour aller apprendre à monter à cheval, au manége de M. Pluvinel; cela vient de son mouvement; il le menace du fouet s'il y fault.

Mars
1608

Le 31 mars, lundi.—Mené par le jardin des canaux au grand Navarre, voir piquer des chevaux, il fait monter son page à cheval; il rioit à plein poumon, et sur la fin Bompar étant sur le barbe de M. de Vendôme, il tomba à terre, dont le Dauphin se prit fort à rire. Ramené, il entend la messe en sa chambre, où M. de Giais[484] lui montre et lui donne un petit morceau de la mine d'argent trouvée, depuis six semaines ou deux mois, auprès de l'Islebourg en Écosse. M. le cardinal de la Rochefoucauld[485], qui le jour précédent avoit reçu le bonnet, assiste à sa messe.

Le 3 avril, jeudi saint, à Fontainebleau.—Il va chez le Roi, et l'accompagne au sermon et à la cérémonie du lavement des pieds, y sert le Roi et porte le pain; ce fut en la salle du bal[486]; puis le Roi le mène à la chapelle basse, à la messe.