Le 2, vendredi.—Le Roi le mène promener au jardin, où, lui montrant Mme la comtesse de Moret: «Mon fils, j'ai fait un enfant à cette belle dame, il sera votre frère;» il se retourne honteux, disant: C'est pas mon frère. Dévêtu, mis au lit, il s'amuse à entretenir la noblesse; entre autres il faisoit bonne chère au fils aîné de M. de Sourdéac[500], il l'appeloit: Petit jeune.
Le 3, samedi.—A huit heures et demie levé, il essaye un pourpoint et des grègues de satin, saute, gambade; il y a de la peine à lui faire quitter, tant qu'on lui dit qu'il y avoit quelque chose à raccoustrer. A onze heures et demie dîné; bu de la tisane de réglisse de M. de Vendôme, qu'il avoit fait tenir en sa chambre tout le long de son dîner, sans lui vouloir permettre d'aller avec Mlle de Vendôme[501]; aussitôt qu'il eut achevé, lui ôtant son chapeau: Allez, allez-vous-en dîner. Le Dauphin prend Mai
1608 son petit carrosse rouge, s'assied à la place du cocher, y attelle Bajordan, Villereau, Saint-Privat, pages du Roi en la grande écurie, et Décluseaux, et se fait traîner par la chambre.—Il y avoit quatre ou cinq jours qu'il lui fut donné deux petits chiens que l'on avoit trouvés; il les fit mettre, pour les nourrir, à sa fourrière et les aimoit fort. Celui qui les avoit perdus, l'ayant su, vint trouver le Dauphin, lui dit qu'il étoit fort aise que ces deux chiens lui avoient été donnés; qu'ils étoient à lui, qu'il les avoit perdus, qu'il les aimoit fort, mais que s'ils lui étoient agréables, il lui feroit beaucoup d'honneur de les recevoir en don. Le Dauphin l'écoute froidement, et ayant achevé, lui demande: Sont-ils à vous? Il répond que oui.—Qu'on les y rende, dit le Dauphin gravement, doucement, et n'en voulut plus. A six heures et demie il va chez la Reine[502].
Le 4, dimanche, à Fontainebleau.—Il va donner le bonsoir à la Reine, et prendre le mot pour le donner aux gardes. Avant que s'endormir il demanda à M. de Drouet, capitaine aux gardes, qui étoit venu prendre le mot: Où êtes-vous en garde?—«Monsieur, à la porte du donjon.»—Et l'autre compagnie?—«Monsieur, à la porte des cuisines.»—Qui est le capitaine?—«Monsieur, c'est Campagnols.»—Où est-il?—«Monsieur, il est à Boulogne, dont il est gouverneur.»—Et son lieutenant, est-il ici?—«Non, Monsieur, il est malade à la garnison.»—Et son enseigne?—«Monsieur, il est allé à sa maison.»—Et son sergent?—«Monsieur, il est ici.»—Pourquoi n'est-il venu prendre le mot? Il fit toutes ces demandes pour venir à cette dernière.—«Monsieur, les sergents ne le prennent point quand il y a des capitaines; je le leur donnerai à tous.» Il se contenta de cela.
Le 5, lundi.—Il fait son exemple; Beaugrand, écrivain du Roi, lui montre à écrire.
Mai
1608
Le 6, mardi, à Fontainebleau.—Il écrit une lettre au Roi, par commandement de la Reine, comme il s'ensuit, sans trace, mais entre deux lignes de règle et fort bien:
Papa, maman m'a commandé de vous escrire pour vous remercier en son nom de la peine que vous prenés de luy faire scauoir de vos nouuelles, maintenant qu'elle ne vous peut mander des siennes; elle se porte bien et se resiouit de ce qu'elle vous verra jeudy, et vous baise tres-humblement les mains et moy aussi, qui suis bien sage et tousiours, mon papa, vostre tres-humble et tres-obeissant fils et seruiteur.
Loys.
Et pour suscription: «à Papa».
Mené au jardin des pins, puis en celui des canaux, et voir le manége qui se faisoit au logis de Jamin, et après au jardin des fruitiers. Il va en son petit jardin, s'amuse à bêcher, baille des outils à d'autres, leur disant: Travaillez, ou je vous battrai. Ramené, il va chez la Reine; il fait lui demander de l'argent, car jamais il n'en vouloit demander; il craignoit le refus. La Reine l'appelle: «Mon fils, voulez-vous de l'argent?»—Oui, s'il vous plaît, maman. La Reine lui fait donner trois doublons, et lui demande: «Mon fils, qu'en ferez-vous?»—Je les dounerai à mon petit jardinier.—«Mais, mon fils, lui donnerez-vous tout?»—Oui, maman, car il faut une serrure à mon jardin, puis il y a un an qu'il travaille à mon jardin. Ramené à sept heures et un quart en sa chambre, soupé. Mme la princesse de Conty faisoit un ballet pour danser devant la Reine; il disoit en soupant: La femme du singe à papa est morte; je prendrai la peau, puis je m'en irai. Je monterai sur une fenêtre et puis je me jetterai dans le ballet, et puis ils seront bien étonnés. Il racontoit cela à Madame, sa sœur.