Le 26, lundi.—Il dit à M. de Vic: Avez-vous fait faire une cheville à vote jambe pou la faire plier?—«Non, Mai
1608 Monsieur.»—Il y faut faire mettre une petite roue pour la faire plier, puis une cheville pour l'arrêter. Voulez-vous courir contre moi dans la galerie? Je vous donnerai cinquante pas. Il va dire adieu au Roi, qui alloit à la chasse, et puis en la chambre de la Reine.
Le 27 mai, mardi, à Fontainebleau.—En dînant il demanda à M. de Ventelet quand il mangeroit du poisson?—«Monsieur, ce sera après-demain.»—Et demain?—«Non, Monsieur, encore que ce soit les quatre-temps.»—Ho! ho! les quatre temps! est-ce pluie, est-ce l'éclair, est-ce tonnerre, est-ce la grêle? A six heures et demie soupé; il entend le tambour des gardes: Velà papa qui revient; il y va soudain, et le rencontre au bas de l'escalier de la cour des Fontaines, revenant de la chasse, et le mène en sa chambre.
Le 28, mercredi.—M. le maréchal de la Châtre le vient voir, lui donne sa chemise. A onze heures dîné; un fauconnier y vient portant un autour d'Inde, qui avoit une huppe noire sur la tête, envoyé d'Espagne par le sieur de Barrault, ambassadeur pour le Roi; il étoit gros et fort comme un aiglon. Le Dauphin dit: Il a la tête faite comme la jeune de Lisle, qui l'avoit grosse et carrée, et le nez long; il étoit ingénieux à ces rencontres. Il entretient en soupant maître Martin[514] de tous ses chiens, sait ou demande leurs noms, ce qu'ils savent faire, comme il dresse les jeunes; ce fut presque tout le long de son souper comme une grande personne bien entendue, parlant en termes propres et avec grâce. Mené à sept heures trois quarts chez le Roi, revenant de dîner à Villeroy.
Le 6 juin, vendredi, à Fontainebleau.—Il est vêtu d'un pourpoint et de chausses, quitte l'habillement d'enfance, prend le manteau et l'épée, c'étoit celle que feu M. de Lorraine lui avoit donnée. Son habillement étoit de satin incarnat avec du passement d'argent. Juin
1608 M. de Verneuil fut habillé de même. Il va ainsi habillé voir le Roi et la Reine.
Le 11 juin, mercredi.—Il va voir la Reine (le Roi étoit parti pour aller à Paris), prend congé d'elle (elle alloit rejoindre le Roi). Il écrit une lettre à M. de Sully pour avoir un cheval pour Descluseaux; on le faisoit écrire selon leur passion. A six heures le Roi est revenu, ramené par la chasse; soupé avec le Roi chez M. Zamet.
Le 16, lundi.—J'arrive de Vaugrigneuse[515]; il me mène pour me montrer son manteau et sa croix dessus. J'avois feint de ne le connoître avec son habillement.
Le 23, lundi, à Fontainebleau.—A quatre heures il entre en carrosse pour aller au-devant du Roi, qu'il rencontre au haut du pavé, à l'entrée de la forêt, et revient avec lui à cinq heures, lui donne sa chemise. Après souper il va en la basse-cour, y fait tirer des fusées, puis à huit heures et demie il a mis le feu au bûcher de la Saint-Jean; après il va au-devant de la Reine, la salue au pied de l'escalier du donjon, salue Mmes de Martigues, de Mercœur et Mlle de Mercœur; il va en la chambre de la Reine, où il se joue devant Leurs Majestés. Mis au lit il se fait entretenir, dit: Quand j'aurai quatorze ans, on parlera de me marier, pource qu'il avoit entendu dire que l'on parloit de marier M. de Vendôme avec Mlle de Mercœur[516], pource qu'il avoit quatorze ans. Là dessus nous lui parlons de l'Infante, lui en faisons des contes; il y prend plaisir, et entr'autres il dit: Faites-moi le conte des ambassadeurs. C'étoit un conte que l'on lui faisoit de l'Infante, qui jouant aux ambassadeurs qui venoient de toutes parts à elle faisoit la Reine; elle fit asseoir et couvrir celui du Dauphin.
Le 24, mardi.—Il va à la messe en la salle du Cheval, après va donner le bonjour à la Reine, qui lui donna un Juin
1608 laquais qu'elle avoit fait habiller; c'étoit un petit garçon gueux, que les laquais faisoient danser et en faisoient leur bouffon, plein de poux, natif d'Orléans; ce fut son premier laquais. Il essaye à ses chiens, Pataut et Lion, des harnois que M. Conchino lui avoit donnés pour leur faire tirer son petit carrosse. A six heures, en la salle du bal, soupé avec le Roi; il va chez la Reine avec le Roi.
Le 26 juin, jeudi.—Il demande ses armes, mousquet, bandoulière et tout l'équipage, fait armer toute sa compagnie, y joignant plusieurs pages de la petite écurie, marche ainsi sur la terrasse, le tambour battant, et va à la salle du bal; c'étoit le tambour de la compagnie qui étoit en garde. Ils se rangent en haie, puis marchent, vont à la charge; le Roi et la Reine y viennent pour les voir, M. de Sully et M. de Villeroy[517] avec eux. Après plusieurs revues et salves d'arquebusades[518], il s'adresse à M. de Sully, surintendant des finances, et lui demande de l'argent pour faire la paye de ses soldats; il lui donne un sol; le Dauphin le prend, et voyant qu'au lieu d'un doublon ce n'étoit qu'un sol, il le regarde en colère et jette le sol au loin, disant: Je veux paye royale. Il fait encore en présence de LL. MM. une revue et une salve, par commandement du Roi, puis se retire en bataille en sa chambre.
Le 27, vendredi.—La Reine lui demanda s'il seroit marri quand il ne seroit plus avec Mamanga, il répond: Non.