Le 25, dimanche, au Louvre.—On lui met une fraise; M. de Souvré le fait regarder dans un miroir: Je semble, dit-il, au petit ambassadeur d'Angleterre; c'en étoit le fils. Il va chez le Roi à son lever, lui sert sa chemise. Le Roi lui commande de l'appeler son père, le mène par la galerie aux Tuileries. Il entend la messe avec le Roi, puis, à onze heures et demie, dîné avec le Roi; il est servi, par derrière, par commandement du Roi. Le petit M. de Humières le servoit; il ne l'avoit jamais servi, ce qui fut cause que le Dauphin, de son mouvement, commanda à M. de Ventelet: Allez, allez avec lui, pou lui montrer comme il faut faire. Il va ensuite chez la Reine.

Janv
1609

Le 26 janvier, lundi.—Il avoit une petite enlevure au coin de la lèvre droite; je lui fis mettre un petit emplâtre, lui disant s'il lui plaisoit pas que je lui fisse mettre une petite mouche: Une mouche, dit-il, en raillant, ho! je veux pas être beau; c'est madame la princesse de Conty qui met à son visage des petites mouches pour se faire belle. Il va chez le Roi, qui le mène aux Tuileries et le ramène à onze heures à la messe, en Bourbon[566].

Le 27, mardi, au Louvre.—Les députés de Bretagne lui viennent offrir leur service au nom de la province.—Il s'amuse à regarder des étoffes, choisit le bleu pour un habit; il en aimoit naturellement la couleur. A deux heures mené à voir la verrerie, au faubourg Saint-Germain, il y fait faire des verres, des paniers, des cornets. Le jeune M. de la Boissière donna un démenti à M. le comte de Torigny; il l'entend, et l'accuse envers M. de Souvré et lui commande de le fouetter. Ramené à quatre heures, il fait fouetter M. de la Boissière par M. de Souvré; ce fut la première justice en sa chambre[567].

Le 29, jeudi.—Il a vu tirer des armes, a tiré lui-même avec grâce et disposition.

Le 30 janvier, vendredi, au Louvre.—M. de Longueville vient en son cabinet, et lui dit: «Monsieur, voulez-vous pas que je fouette vos enfants d'honneur et vos pages?»—Vous n'êtes pas mon écuyer, lui dit-il assez brusquement, et se retournant vers M. du Repaire il lui dit tout bas: Voyez qu'il est hardi! il n'est pas mon écuyer; c'étoit qu'il ne vouloit pas ouïr parler de faire mal aux siens.

Le 31, samedi.—Il veut lui-même écrire le rôle de ses petits gentilshommes[568] selon l'ordre qu'ils étoient Janv
1609 venus à lui. On lui met un habillement neuf pour aller après souper à l'Arsenal, y voir danser le ballet de la Reine[569].

Le 1er février, dimanche, au Louvre.—Il écrit par réponse à Madame, sa sœur, sur la minute de M. de Souvré. Sur l'après-dînée il se ressouvient que Mlle de Vendôme lui avoit écrit; il demande du papier et de l'encre pour lui faire réponse. M. de Souvré lui fait la minute, et la lui envoie; elle commençoit: «Ma sœur, etc.»; quand il voit ces mots: Ma sœur! elle est pas ma sœur; faut mettre ma sœur de Vendôme. On alla le demander à M. de Souvré, qui trouva qu'il avoit raison.

Le 2, lundi.—Mené à la messe et à la procession avec le Roi. Il reçoit des nouvelles de Mesdames[570].

Le 3, mardi.—Il joue en la galerie, là où M. le comte de Torigny dit à un de ses compagnons: «L'ase vous etc.» Cette sale parole est rapportée à M. de Souvré, qui le menace du fouet. Tout du long de son dîner, le Dauphin persécuta M. le comte de Torigny pour la mauvaise parole: Torigny, dites à votre cul qu'il s'arme. Torigny, dites à votre laquais qu'il vous interroge. Torigny, puisque vous voulez être laquais, je vous envoyerai demain porter des lettres à Saint-Germain; il avoit ouï M. de Souvré disant que c'étoit une parole de laquais et de palefrenier. Mené à l'Arsenal, il y voit tout, et puis va à la Bastille. M. de Sully lui baille deux cents écus au soleil, pour sa foire, lui demande s'il veut qu'il lui fasse faire des balles de sucre comme celles de canon; il lui répond: Oui, mais que vous me les tiriez dans la bouche.