Le 6, mardi à Saint-Germain.—Mené jouer au jeu de paume, il se moque de M. de Verneuil qui jouoit foiblement: Velà féfé Veneuil, c'est miracle quand il frappe un coup, il faut faire sonner la trompette. A huit heures mené en la chambre de M. de Verneuil, où il voit jouer une comédie par les gens de M. de Verneuil et autres.

Le 7, mercredi.—On lui apporte une lettre de la part de Mlle de Mercœur, il l'ouvre, et sur ce que Mlle de Vendôme lui dit, voyant qu'il jetoit la poudre de Chypre qui étoit dedans: «Hé! Monsieur, ne la jetez pas, il la faut serrer.»—Ho! je la veux jeter moi; je l'aime point, j'aime mieux la poudre des canons.—Il va chez M. de Verneuil pour y voir jouer une comédie par ses gens.

Le 8, jeudi.—Mené promener, il fait tirer par son petit mulet sa petite charrette portant les ornements de sa chapelle à celle du bâtiment neuf, où il entend la messe.

Le 9, vendredi.—Il monte en ma chambre, et me dit: Mousseu Héroua, montrez-moi ce que vous avez écrit de moi; c'étoit mon journal. Il vouloit voir ses premières années, je l'avois à Paris. Il se met à écrire, et me dit: J'écris bien de la minute françoise, et peu après: Mousseu Héroua, il faut que je m'en aille achever un pourtrait que j'ai commencé. Il descend soudain, et va à sa peinture Janv
1609 dans son cabinet; il copie en huile le portrait du Roi qui étoit devant lui; il étoit fort reconnoissable: il s'amuse à peindre fort attentivement.

Le 10, samedi, à Saint-Germain.—Il me dit: Mousseu Héroua, j'ai inventé une sentence.—«Monsieur, vous plaît-il de me la dire?»—Les enfants qui ne sont pas sages, Dieu les punit. J'en ai inventé une autre: Les enfants qui craignent bien Dieu, Dieu les aide. En soupant, Mme de Montglat lui dit qu'il étoit beau: Je suis pas beau, cela est bon pour les femmes. Soudain qu'il eut soupé il s'en va à sa peinture en son cabinet, là où M. Du Vernet, précepteur de M. de Liancourt, lui donna un Jupiter[560] entouré des Muses, en taille-douce, et lui en expliqua le sens: comme c'étoit un roi, roi de tout le monde, et qu'il faisoit chanter devant soi et jouer des instruments, et qu'il ne faisoit rien et qu'un jour il feroit ainsi: Comment, dit-il, ce roi ne fait rien! je ne veux pas faire ainsi; tenez, j'en veux point, et le lui rend. Il va en la salle des gardes, où il voit danser la Bohémienne par de ses gens. Mis au lit, il s'amuse et prend plaisir bien grand au livre des chasses du sieur Du Fouilloux[561], que M. de Frontenac venoit de lui donner; il s'apprend à dire en musique l'appel des chiens.

Le 11, dimanche.—Il entend que l'on disoit qu'il seroit en pension avec M. de Souvré comme chez Mme de Montglat, et s'en fâche; il demande à M. de la Valette: Féfé Vendôme y est-il?—«Non, Monsieur.»—Ho! il a tout plus que moi! il a six laquais, et j'en ai que deux! Il l'avoit ainsi entendu dire, et avoit toujours ses comparaisons sur M. de Vendôme.

Le 12, lundi.—A quatre heures il va chez M. de Frontenac, où le Roi arriva de Paris venant de l'assemblée[562] de Vaucresson; le Roi se mit sur le lit pour Janv
1609 reposer; il faisoit la garde autour du lit afin que l'on ne l'éveillât point.

Le 13, mardi.—A sept heures et demie il va au lever du Roi chez M. de Frontenac, y est jusques à huit heures que le Roi s'en retourna à Paris par Versailles[563], où il alloit dîner. Il va jouer à la paume; M. Sauvat, excellent joueur, lui montre.

Le 14, mercredi, à Saint-Germain.—Il s'amuse à peindre fort bien[564], s'amuse à lire le livre du sieur Du Fouilloux.

Le 24, samedi[565].—A sept heures trois quarts il entre en carrosse, l'œil sec, et part de Saint-Germain en Laye pour aller à la Cour, entrer aux mains de M. de Souvré; il va par Saint-Cloud, arrive à onze heures au Louvre, où étoient le Roi et la Reine. A onze heures trois quarts dîné avec le Roi; à une heure le Roi le mène en carrosse chez la reine Marguerite. A six heures et demie soupé, de la viande de la Reine; ç'a été la première fois qu'il a commencé à boire du vin pour continuer.