Le 21 décembre, dimanche, à Saint-Germain.—Mis au lit, il se fâche contre ses gentilshommes, veut qu'ils aient le fouet. Mme de Montglat lui dit qu'il leur falloit pardonner et que le Roi pardonnoit à tout le monde: A tout le monde! dit-il, il n'a pas pardonné au maréchal de Biron.

Le 30, mardi.—Il fait fendre de la glace avec une pelle à feu, en sa chambre, la vend par morceaux, pour avoir, dit-il, de l'argent à donner aux pauvres.—J'arrive de Paris[557]; il étoit sur le point de se mettre à table, court au-devant de moi: Ha! velà mousseu Héroua! et me fait l'honneur de me sauter au collet, me serrant bien fort.

Le 31, vendredi.—Il se plaint et pleure de ce qu'on lui avoit pris, dans la pochette de ses chausses, sept sols provenus de la vente de la glace, et de ce qu'il ne les y avoit point trouvés, ayant voulu donner l'aumône à des pauvres qu'il avoit rencontrés. Il veut voir ce que ma femme lui veut donner pour ses étrennes; ce fut une boîte de très-beaux abricots. Mme de Montglat lui dit: «Monsieur, ce sera pour vous, je m'en vais les serrer.»—Ho! velà! je ne les verrai jamais, elle sarre tout ce qu'on me donne, puis elle en entame un, y tâte pour lui donner le demeurant. Ho! voyez, elle l'a rompu pour en manger un et elle sarre tout; elle dit: C'est tout pour moi; et je vois jamais rien.

ANNÉE 1609.

[Le livre De l'Institution du Prince].—[Le gâteau des Rois].—[Farces et comédies].—[Le Dauphin copie le portrait du Roi].—[La gravure de Jupiter].—[La Vénerie de Du Fouilloux].—[Départ de Saint-Germain pour Paris].—[Le Dauphin remis entre les mains des hommes].—[Usage des mouches pour les femmes].—[Première justice du Dauphin]; [ses petits gentilshommes].—[Ballet de la Reine].—[Présent de M. de Sully].—[La foire Saint-Germain].—[Visite de Mme de Montglat].—[Présent de la reine Marguerite].—[Travaux de la galerie du Louvre].—[Le maître d'armes du Dauphin].—[Chasses et visites dans Paris].—[Mort du Grand-Duc].—[Mariage du prince de Condé].—[La première leçon de Des Yveteaux].—[Armes de Milan].—[Collation chez M. de Mayenne].—[Visite à Saint-Germain].—[Dîner à Ruel].—[Départ pour Fontainebleau].—[Les moulins d'Essonne].—[Cérémonie de la Cène].—[Le grand canal de Fontainebleau].—[Le Dauphin fouetté de verges].—[La Bradamante.][Le musicien Pradel].—[Les maquereaux].—[Passage à Moret].—[Le vin et la tisane].—[Le fou du Roi].—[Mlle de Fonlebon].—[Le maréchal d'Ornano].—[Le Dauphin entre au conseil pour la première fois].—[Fêtes du mariage de M. de Vendôme].—[Bijou donné par Mme de Mercœur].—[Le fou Des Viètes].—[Départ de Fontainebleau].—[Passage à Brie-Comte-Robert].—[Vers faits par Héroard sur l'ordre du Dauphin].—[Passage à Creteil].—[Arrivée au Louvre].—[Le jeu de paume du Verdelet].—[Bain de rivière].—[Service de Catherine de Médicis à Saint-Denis; le trésor, les tombeaux].—[L'hôpital des pestiférés].—[Sully et la reine Marguerite].—[Séjour à Saint-Maur].—[Ballet des Sauvages].—[Nouvel habillement].—[Absences de Des Yveteaux].—[Présent du marquis de Brandebourg].—[Visite à Chaillot].—[Mot sur Mucius Scévola].—[Départ pour Fontainebleau].—[Leçon de grammaire].—[Le Dauphin entre dans sa neuvième année; souhait du Roi].—[Chasse avec le Roi].—[Lettres à la reine d'Angleterre et au prince de Galles].—[M. de Souvré et M. Dupont].—[Retour à Paris].—[Habitude du Dauphin].—[Antipathie pour Sully].—[Nouveau logis au Louvre]; [les chapons de la Reine].—[Naissance de Madame Henriette].—[Goût du Dauphin pour le vin].—[Les contes de La Clavelle].—[Bégayement du Dauphin].—[Le comte de Chalais].—[Lettres à la famille royale d'Angleterre].—[Compliment à l'ambassadeur de Venise].

Le 1er janvier, jeudi, à Saint-Germain.—Levé à huit heures et un quart, il se plaint de ce que l'on ne l'avoit Janv
1609 pas voulu lever plus tôt, pource que l'on lui avoit dit que s'il se levoit tard il seroit paresseux toute l'année. Je lui donne mon livre De l'Institution du prince[558] fait pour lui.

Le 3, samedi, à Saint-Germain.—L'on parloit du jour des Rois, il dit: Je veux pas être le Roi; sa nourrice lui demande pourquoi.—Je veux pas l'être.—«Si vous l'êtes vous payerez quelque chose, si Madame l'est aussi, ou Mlle de Vendôme?» Il appelle M. de Ventelet, et lui dit tout bas à l'oreille: N'y faites point mettre de fève, afin qu'il n'y aye point de Roi.—«Monsieur, lui dit sa nourrice, si Dieu est Roi, il faudra que vous teniez sa place.»—Je veux pas moi.—«Comment, Monsieur, dit un chacun, refusez-vous à tenir la place de Dieu?»—Il s'arrête avec crainte: Hé! c'est à papa!—«Monsieur, il faut que ce soit vous qui la tienne ici.»—Hé! je veux bien.

Le 4, dimanche.—Il va en la chambre de M. de Liancourt, où il s'amuse à peindre; ramené en sa chambre, et à six heures soupé, il se prépare pour faire jouer une comédie, la voit jouer, consent que M. de la Voute en seroit, pourvu qu'il s'habille en fille, et ne veut permettre que M. de Liancourt s'habille qu'en garçon. Il la voit jouer, elle dure jusques à neuf heures et demie. Mis au lit, il se débarbouille le menton qu'il avoit tout noirci avec de la fumée du flambeau et fait barbouiller les autres.

Le 5, lundi.—Mme de Libertat, veuve de feu M. de Libertat, celui qui délivra Marseille sur la Ligue[559], le Janv
1609 vient voir.—A souper il fait couper le gâteau des Rois, Madame est faite la Reine. Elle donnoit les charges; elle le fait son grand écuyer: Non, dit-il, je veux être valet de pied, je cours bien. Mlle Piolant lui dit: «Monsieur, vous serez donc le premier valet de pied.»—Ho! non, dit-il, honteux. Amusé à jouer et à voir jouer une comédie par des valets de M. de Verneuil et Verdelet, valet de pied du Roi.