Le 28, vendredi.—Il écrit son exemple et fait, ce dit-il, un livre pour le faire imprimer et le donner à papa, à ses étrennes.

Le 29, samedi.—Il envoie querir ma petite nièce du Val, la fait habiller en épousée, la marie avec M. le comte de la Voute, va à Mme de Montglat, lui demande à souper pour l'épousée, lui apporte le couvert et puis ce qu'on lui donnoit, et à la fin à boire, et tout lui-même.

Le 1er décembre, lundi, à Saint-Germain.—Il dit à Mme de Montglat: Mamanga, j'ai composé une sentence: «Celui qui sert bien Dieu, Dieu lui aidera.» Je la veux équire de peur de l'oublier.

Le 2, mardi.—Il va à la messe en la chapelle, se fait monter sur la chaise, dit qu'il veut prêcher et commence: In nomine patris et filii et spiritus sancti, Amen. Les hommes qui couchent avec les femmes....[554]. Il écrit une lettre à la Reine par M. Du Vernet, précepteur de M. de Liancourt.

Le 3, mercredi.—A neuf heures et demie le Roi arrive de Paris; dîné avec le Roi; le Roi va à la chasse. A deux heures le Dauphin va en la chapelle, où lui et Madame Christienne tinrent à baptême la fille de M. Talon, mari Déc
1608 de la nourrice de Madame Christienne; il la nomma Louise, et jamais ne la voulut nommer Christienne, disant: Elle aura plus d'honneur d'être appelée de mon nom que de celui de ma sœur. Il s'amuse à sa peinture, va en la chambre du Roi qui revenoit de la chasse.

Le 5, vendredi, à Saint-Germain.—Il entre en carrosse avec le Roi qui le mène aux toiles près de Poissy, où il voit prendre quatre sangliers. Ramené il monte en sa chambre où il s'amuse à ses peintures.

Le 6, samedi.—Il entretient M. de Liancourt, premier écuyer, des juments du carrosse du Roi, où il avoit été le jour précédent, lui dit qu'il y avoit une des juments qui étoit borgne, que le cocher disoit que c'étoit la meilleure. M. de Liancourt n'en savoit rien.

Le 7, dimanche.—Il s'amuse à peindre sur du papier avec la plume et l'encre, fait la chasse du sanglier dans la cour, fort bien. Il va chez le Roi, puis à la messe et au jardin, et à dix heures dîne avec le Roi. A onze heures trois quarts il conduit le Roi hors de l'escalier, il étoit triste; le Roi lui dit: «Mon fils, quoi! vous ne me dites mot! Vous ne m'embrassez pas quand je m'en vais?» Le Dauphin se prend à pleurer sans éclater, tâchant de cacher ses larmes tant qu'il pouvoit, devant si grande compagnie. Lors le Roi, changeant de couleur et à peu près pleurant, le prend, le baise, l'embrasse, lui disant: «Je dirai comme Dieu dit dans l'Écriture sainte: Mon fils, je suis bien aise de voir ces larmes, je y aurai égard;» puis entre en carrosse pour s'en retourner à Paris, et Monseigneur le Dauphin gagne vîtement l'escalier pour s'en retourner aussi, de peur que l'on le vît pleurer. Comme il fut en sa chambre, peu de temps après, je lui demandai ce que le Roi lui avoit dit en partant; les larmes lui viennent aux yeux et, changeant de propos, il me dit: Il m'a dit que je tirasse de la harquebuse. Je le presse une fois ou deux, il tient ferme; je le quitte, il pleure abondamment et de cœur. Il va Déc
1608 en son cabinet où il s'amuse à peindre; on le vient appeler pour souper, il s'en fâche; M. le baron de Montglat[555] s'en veut aller, il ne le veut pas, et d'un petit bâton lui frappe sur les doigts; Mme de Montglat en est fâchée, il la frappe aussi; le voilà en colère, il lui dit des injures: Vilaine! la chienne! Mlle Piolant lui dit: «Monsieur, il faut que vous ne soyez pas fâché contre elle, n'ayant pas à être longtemps céans avec elle.» Il lui répond: J'en voudrois être déjà dehors; et appelant Mlle de Vendôme, il lui dit, parlant bas à son oreille: Sœu-sœu Dôme, j'aurai un bâton qui sera creux, je le remplirai tout de poudre, et puis avec du charbon j'allumerai la poudre qui lui brûlera tout le cul. M. Guérin lui dit: «Monsieur, ne savez-vous pas que papa vous a dit que vous ne seriez pas longtemps avec elle; il ne la faut pas fâcher.»—Ho! dit-il, c'est qu'elle veut retenir toute ma vaisselle d'argent[556]. Il étoit vrai; il en entendoit parler et le couvoit sans le dire. La paix se fait; à six heures et demie soupé. En soupant il fait tout ce qu'il peut pour s'entretenir et déployer son déplaisir [sic]; il advint que le sieur de Dorelle, gouverneur du jeune Fontaine-Martel, vient en la chambre et dit que, passant par la salle des gardes, deux hommes lui avoient voulu ôter son manteau. L'on s'en émut; je dis: «Monsieur, ce sont quelques-uns qui se jouent.»—Ce n'est pas beau, c'est un jeu de voleur. Il commande qu'on aille au corps de garde dire qu'on ne laisse sortir personne, qu'on aye des lanternes pour regarder ceux qui voudront sortir.

Le 15, lundi, à Saint-Germain.—Il écrit au Roi et à la Reine, se va promener en carrosse vers la Muette, envoie à Carrière, chez M. de la Salle, pour avoir des confitures, et en revenant en a goûté.

Déc
1608