«L'exhortation achevée, les princes et officiers de la couronne assistant et servant Monseigneur le Dauphin se présentèrent; l'un prit le bassin et l'autre l'aiguière, tandis que Monseigneur le Dauphin lave, essuie et baise les pieds des pauvres, lesquels, selon la coutume, avoient premièrement été visités par le médecin du Roi, pour reconnoître s'ils n'avoient point quelque maladie dangereuse, et auxquels l'on avoit rasé les cheveux, comme aussi on les avoit revêtus d'écarlate, avec chacun un grand linge de fine toile qui les couvre jusque sur les pieds; le tout selon la pratique ordinaire.
«D'abord Monseigneur le Dauphin fit quelque petite difficulté de laver et baiser les pieds de ces pauvres, son âge tout foiblet ne lui pouvant faire comprendre cette cérémonie, et croyant que l'on se vouloit rire de lui, sur ce qu'il voyoit que tous les princes et seigneurs, tête nue, le servoient, et que lui fut ordonné pour servir ces pauvres; mais aussitôt jetant la vue derrière lui et voyant Monseigneur le comte de Soissons tenant son bâton de grand maître, qui venoit en cérémonie, suivi de tous les maîtres d'hôtel du Roi qui précédoient les mets pour servir et donner à ces pauvres, il commença à sourire, et se porta alors d'affection à faire cette action célèbre de piété, reconnoissant qu'il n'y avoit point de moquerie.
«Les services de chaque pauvre étant de treize plats, furent tous portés par des princes ou seigneurs de marque, entre lesquels étoient Mgr le prince de Condé, Mgr le prince de Conty, Mgr le duc de Vendôme et Mgr le duc de Guise, et quand il fallut donner à chacun de ces pauvres treize écus d'or, accoutumés leur être alors aumônés, ce fut où Monseigneur le Dauphin témoigna une grande allégresse, et ainsi finit cette cérémonie et action purement royale, action que l'on ne lit point avoir été jamais faite auparavant par aucun Dauphin ou autre enfant de France.» (Le Trésor des merveilles de Fontainebleau, p. 285-7.)
[393] Le Roi touchait les malades dans une allée du jardin. Voy. Le Trésor des merveilles de Fontainebleau, par le P. Dan, p. 178.
[394] Cet enfant mourut à Saint-Germain-en-Laye, le 17 novembre 1611, sans avoir reçu de prénom; il ne faut pas le confondre avec Gaston, né l'année suivante, et qui ne prit le titre de duc d'Orléans qu'après la mort de ce second fils de Henri IV.
[395] Son thème de nativité. Malherbe, dans une lettre à Peiresc du 23 mars 1610, dit en parlant de M. d'Orléans: «De tous les enfants du Roi, c'est celui, à ce que l'on dit, qui a le plus grand horoscope.»
[396] Héroard a mis en note, à la marge: Meteorum augurium aquila. Voici comment ce fait est rapporté par le P. Dan.: «Quelques jours après (la naissance du duc d'Orléans), qui fut la nuit du dix-neuf au vingtième du même mois, environ les deux heures du matin, fut vu, venant comme de dessus la chambre de la Reine, la forme d'un aigle environné d'une grande lumière, qui passa sur le jardin près de l'horloge avec un grand éclat, comme d'un coup de tonnerre ou de canon; et le rapport en fut fait le lendemain au Roi par deux sentinelles, l'un françois et l'autre suisse, qui étoient alors en faction, et jurèrent avoir vu la chose ainsi. Ce qui fit avancer plusieurs beaux discours à l'avantage de ce jeune fleuron des lys. Les uns (Mathieu en l'histoire de Henry IV) disoient que cet aigle étoit un présage de la future grandeur de ce petit prince, auquel le Ciel sembloit promettre l'empire, et que son nom, comme un coup de tonnerre, éclateroit par tout l'univers. Les autres en faisoient diverses prédictions non moins favorables; mais la fin a montré assez qu'il ne faut rien s'assurer sur tels et semblables signes et météores, car le quatrième an et six mois de son âge mourut ce petit duc d'Orléans, à Saint-Germain-en-Laye. Et s'il y avoit lieu de faire jugement sur tel signe, il y avoit plus d'apparence de dire que, comme un éclair et un coup de tonnerre, cet aiglon royal passeroit promptement de cette vie en l'autre.» (Le Trésor des merveilles de Fontainebleau, page 275.)
Malherbe écrivait à Peiresc, le 26 avril 1607: «Il fut vu par les gardes un certain feu en forme d'oiseau, qui s'éleva du jardin des Canaux, passa par dessus le Court du Cheval et par dessus le château, alla crever en le Court du Donjon, à l'endroit de l'horloge, avec un grandissime bruit; on dit comme d'un pétard, mais s'il eût été aussi grand, il eût réveillé tout le monde, ce qu'il ne fit pas. Le Roi, comme cela lui fut récité, s'en réjouit fort, et dit que souvent, devant des batailles et en des siéges de villes et autres entreprises, il avoit vu de semblables choses, mais toujours avec bonne issue, et qu'il espéroit que s'il avoit la guerre il feroit bien ses affaires.» (Œuvres de Malherbe, éd. L. Lalanne, 1862, in-8o, t. III, page 33.)
[397] Les quatrains de Pibrac et les proverbes de Salomon. Voici comment Héroard en parle dans son livre de l'Institution du Prince: «Aussitôt qu'ils sauront (les princes) tant soit peu lire, je suis d'avis qu'on les exerce dans les Proverbes choisis de Salomon, les quatrains du sieur de Pybrac, puis certains auteurs qui ont écrit des petits contes sous des noms feints, mais qui portent leur sens moral.»
[398] Marie de Luxembourg, duchesse de Penthièvre, vicomtesse de Martigues, veuve le 19 février 1602 de Philippe-Emmanuel de Lorraine, duc de Mercœur.