Le 13, samedi, à Saint-Germain[145].—A deux heures M. de Souvré part pour s'en retourner à Fontainebleau, d'où il l'avoit accompagné. Mis au lit, il entend que nous parlions de la prinse faite de M. le comte d'Auvergne[146] et que le Roi savoit bien attraper ses ennemis; il demande: Mes ennemis sont-is pris?—«Oui, Monsieur.»—Où sont-is?—«A la Bastille.»
Le 16, mardi.—Il va en la chambre de Madame, où arrive Mme la marquise de Verneuil, la connoît, lui donne sa main à baiser; elle lui demande: «Monsieur, me connoissez-vous?» Il répond: Oui.—«Qui suis-je?»—Vaneuil, sans dire Madame. Il se joue avec ses poteries; ses jeux et discours ne sont que soldats et guerre. La marquise part par derrière M. le Dauphin sans dire mot, avec MM. ses enfants.
Le 17, mercredi.—A midi dîné en la présence de Mme de Verneuil; il va aux fenêtres du préau, où il se joue privément à la marquise, chante comme voulant l'entretenir et se donner plaisir. La marquise part à quatre heures et un quart. Il vient en ma chambre, heurte. Je demande: «Qui est-là?»—Ouvez.—«Qui êtes-vous?»—Dauphin. Nov
1604 Il entre, demande à voir le livre des animaux[147].
Le 18, jeudi.—A onze heures et demie dîné; Madame demande une cuiller que tenoit M. le Dauphin, il la lui jette, et si ferme que, de la queue, il la blessa sous la paupière de l'œil droit avec un peu d'entamure; l'on l'en tança, il en demeure étonné; fait toutefois ce qu'il peut pour faire l'assuré et ne s'en soucier point. Mme la comtesse de Moret[148] le vient voir; il lui donne sa main à baiser. A deux heures il vient en ma chambre, demande la figure du siége d'Ostende, où il y avoit des petits soldats. Mme la comtesse de Moret s'en va, il lui donne encore volontairement sa main à baiser.
Le 23, mardi, à Saint-Germain.—Je lui dis que papa et maman le devoient venir voir, il répond: Je ne veux pas qu'i viennent, avec contenance d'étonnement, se ressouvenant toujours de Fontainebleau. Pour l'assurer, je lui dis qu'ils lui apportoient de beaux présents; il répond: Oui, et ne respire que tambours, soldats et armes.
Le 24, mercredi.—Je lui demande: «Monsieur, voulez-vous vous lever pour aller au devant de papa?»—Non, dit-il.—«Vous n'aurez donc pas le beau tambour et les belles baguettes qu'il vous apporte, il les donnera à M. de Verneuil.» Il se met soudain en colère, grince les dents, me veut égratigner, puis me regarde froidement. «Bien, Monsieur, vous me battez, dis-je; que voulez-vous que papa fasse de ce tambour?» Il répond: Qu'i le donne à moucheu de Veneuil, brusquement, remuant la tête comme de chose qu'il méprise; il ne peut oublier le rude traitement de Fontainebleau. Il va sur les terrasses, mangeant du gros pain, au-devant du Roi, qu'il rencontre à cheval, à la fontaine basse des maçons, à onze heures et demie. Le Roi met pied à terre; il va gaiement Nov
1604 au Roi, qui le prend au bras, le baise; il embrasse le Roi. A midi, dîné; il ne veut point que M. de Courtenvaux s'appuie et soit derrière la chaise de Mlle de Vendôme. Le Roi y vient après son dîner; Mme de Montglat parle au Roi; il ne le veut pas. Allez-vous-en en vote chambe, Mamanga; s'en met en colère. Le Roi s'en fâche, il mène Mme de Montglat en sa petite chambre; on l'apaise à peine, enfin on le fait danser, fort gai. Le Roi entr'ouvre la tapisserie; il l'aperçoit, quitte soudain la danse, se va cacher. Le Roi le presse, il s'aigrit; la nourrice le prend, l'assied sur la table; le Roi va par la douceur, le baise, le prie de danser pour l'amour de lui; enfin il s'apaise, et à ce coup dit: Je vas danser pou l'amou de papa, se coule à bas, et se prend à danser gaiement le branle des navets. Le Roi fait collation; il le servoit, et reconnoissant son essai[149]: Otez, ôtez, dit-il, empotez-le. Il le fallut remporter; le Roi céda à son humeur. Le Roi part pour s'en retourner à Paris à deux heures et un quart; il l'accompagne jusques au pied du degré, se prend à pleurer, demande d'aller avec papa.
Le 29, lundi, à Saint-Germain.—A dîner je demande à Madame si elle étoit belle, elle dit: Oui. Il l'entend, hochant la tête. Je lui demande. «Madame, êtes-vous bonne?» Elle dit: Oui.—Il dit, hochant la tête: Elle est bonne comme frère Jean. Il vouloit dire maître Jean; c'étoit le singe. Il demande de la gelée à Madame, laquelle lui pousse aussitôt l'écuelle en disant: «Tenez, papa petit;» elle étoit si aise quand elle lui pouvoit complaire[150]. Il bégaye fort ce jourd'hui en parlant.
Le 1er décembre, mercredi, à Saint-Germain.—A onze heures et demie, dîné; il ne veut point que l'on donne aucune chose à Madame. «Monsieur, lui dis-je, quand Déc
1604 vous serez grand, vous donnerez tout à Madame.» Il répond: Non, je li donnerai que du pain.—«Et à boire?» Il répond: Que de l'eau. Il mange une poire confite, ne veut pas que l'on en donne à Madame.
Le 2, jeudi.—Levé à huit heures et demie, il ne veut point prendre sa robe; Bruneau, le lavandier, le menace de le mettre dans son sac, puis au cuvier; il craint, s'habille, se joue avec sa nourrice; étant habillé, il se retourne vers le lavandier, et lui dit: Je suis habillé.
Le 4, samedi, à Saint-Germain.—A sept heures déjeuné, levé, vêtu, fâcheux, il ne veut point prendre sa robe, s'assied. M. Birat lui dit: «Monsieur, voilà le bossu du jeu de paume qui vient;» il se lève soudain, et met sa robe. Il vient en mon étude, s'amuse au siége d'Ostende.