Le 1er novembre, à Fontainebleau.—M. de Souvré lui donne une bandolière de velours violet, avec les charges couvertes de broderie d'or et d'argent; il en fait des exclamations. Levé à huit heures, vêtu d'une robe de velours violet et passement d'or, il montre à chacun sa bandolière. Mené au Roi et à la Reine, puis à la chapelle, où il sonne la clochette à l'élévation; ramené en sa chambre à onze heures, dîné, porté à la fenêtre pour voir le Roi touchant les malades dans la cour; il se promène avec l'arquebuse, va à la charge contre les Espagnols.
Le 2, mardi.—Il va à la chambre de Madame, qui étoit malade des dents. «Monsieur, lui dit-on, êtes-vous marri que Madame est malade?» Il répond: Non. Il présente à la Reine l'Avis des amendes du sieur du Luat[144]. A six heures soupé, fort gai; le Roi arrive; il demeure un peu étonné, baise et embrasse le Roi.
Le 3, mercredi.—Le Roi l'envoie querir à son souper; Nov
1604 il lui sert à boire; le Roi lui donne de son souper, puis de sa poudre digestive. A sept heures et demie dévêtu; il met ses jambes en croix et demande: L'Infante fait-elle ainsi?—«Oui, lui dit-on, Monsieur; voulez-vous qu'elle vienne coucher avec vous?» Il répond: Non.—«Monsieur, dit Mlle de Ventelet, quand vous serez couché ensemble elle mettra ses jambes comme cela» (c'est-à-dire en croix). Il répond soudain et gaiement: Et moi je les ferai comme cela, élargissant ses jambes avec ses mains.
Le 4, jeudi, à Fontainebleau.—Il demande son luth, le porte à dix heures chez la Reine pour lui faire voir comme il en joue; mené au jardin, fort gai, ramené en la chapelle, puis en la chambre. Il demande au mari de sa nourrice: Qu'est cela?—«C'est, dit-il, mon bas de soie.»—Et cela?—«Ce sont mes chausses.»—De quoi sont-elles?—«De velours.»—Et cela?—«C'est une brayette.»—Qué qu'il y a dedans?—«Je ne sais, Monsieur.»—Eh! c'est une guillery! Pou qui est-elle?—«Je ne sais, Monsieur.»—Eh! c'est pou maman Doundoun. Mené promener au palemail, il fait en passant donner l'aumône aux pauvres qu'il rencontre. Il va en la chambre de la Reine, au cabinet; il demande de la dragée à Mme de la Chastre, qui lui en donne deux grains; il en demande encore. Le Roi survient là-dessus, qui défend que personne ne parle et lui contredit: «Vous n'en aurez point.»—J'en veux. Le Roi se fâche, disant à Mme de Montglat un peu soudainement: «Vous serez cause qu'un jour je l'écorcherai.» Le Roi lui dit: «Venez-moi baiser»; il y va soudain, et l'embrasse.
Le 5, vendredi.—Mené chez la Reine; Mme de Guise lui montre le lit de la Reine, et lui dit: «Monsieur, voilà où vous avez été fait.» Il répond: Avec maman.
Le 6, samedi.—Il bat le tambour, bat la françoise, la suisse, l'alarme, la diane, le bandoul et fort bien, et en maître. Il entend le bruit des chevaux comme le Roi alloit à la chasse aux toiles, demande froidement: Papa Nov
1604 va-t-i pas à la chasse? on lui dit que oui. Quelque bruit qui se fît à la cour et quoique chacun courût aux fenêtres pour voir passer le Roi, fors M. de la Court, exempt des gardes, et moi, il ne fit jamais contenance de vouloir y aller, mais demeura ferme et résolu en sa place. A six heures soupé; il va en la chambre de Madame, danse au branle, n'ayant point voulu aller chez le Roi.
Le 7, dimanche.—A neuf heures et demie mené chez le Roi et la Reine, qui étoient au lit; leur ayant donné le bonjour, M. de Verneuil entretenoit le Roi, qui s'amusoit à lui; sans dire mot, le Dauphin sort de la ruelle et va de l'autre côté se ranger près de la Reine. M. de Verneuil approche de la Reine, et la veut entretenir; il lui donne un grand soufflet sans dire mot, et l'autre se retire de même. Ramené en sa chambre, il s'amuse à ranger en soldats ses petits marmousets de poterie.
Le 8, lundi, à Fontainebleau.—Il se fâche contre Mme de Montglat et lui voulant donner un soufflet; demeure en chemin, la trouvant masquée. Otez, dit-il, votre masque; la fait démasquer.
Le 9, mardi.—A douze heures et demie mené au dîner du Roi; le Roi fault à le fâcher; il obéit, ramenant sa colère comme un lionceau, et ne sait si bien se retenir que, le Roi lui ôtant une cuiller dont il battoit le tambour sur une assiette, il ne jette la cuiller haut sur la troupe. Ramené en la chambre de la Reine, il baise et embrasse LL. MM., part et entre en litière à une heure et demie pour retourner à Saint-Germain en Laye. Goûté à l'endroit de la chapelle Saint-Louis, dans la forêt, dans sa litière, son buffet sur une pierre. Arrivé à Melun à quatre heures et demie, les président, lieutenant général et officiers de la justice sortent à pied, hors de la ville, au-devant de lui. Logé en l'île chez M. de la Grange. A six heures soupé; les officiers de la ville lui apportent un présent de tartes. A sept heures trois quarts M. de la Salle, capitaine aux gardes, lui demande le mot; Nov
1604 il le dit tout haut: Dauphin. «Monsieur, dit M. de la Salle, il le faut dire bas;» il le lui dit à l'oreille.
Le 10, mercredi, voyage.—Mené à la messe à Notre-Dame. Parti de Melun à dix heures trois quarts, il arrive à Crosne, maison de M. Bruslard, autrefois secrétaire d'État; à quatre heures après midi, mené au jardin; il se joue, discourt et raille avec Madame sa sœur; ce n'est que soudars et armes.