[Devise du Dauphin].—[On l'habitue au bruit des armes à feu].—[Lettre à la Reine].—[Les figures de la Bible].—[Les portraits du Roi et de la Reine].—[Le livre de M. de La Capelle].—[Antipathie naissante pour les femmes].—[Le valet du serrurier].—[La comtesse de Moret].—[Présent de la Reine].—[Henri IV et ses enfants].—[Le serment de fidélité].—[L'ambassadeur d'Angleterre].—[M. d'Harambure].—[Le pied du cerf et le pied de la perdrix].—[Les emblèmes d'Alciat].—[La duchesse des Deux-Ponts].—[Le valet du bourreau].—[Jouets de poterie].—[Les danses du Dauphin].—[Entretien sur l'Infante].—[Le peintre Martin].—[Jouets d'argent].—[Premier page].—[Le jeu du corbillon].—[Le baron de Donaw].—[Modèle en cire d'une statue du Dauphin, le sculpteur Després ou Dupré].—[La chanson de Robin].—[Jouets de carton peint].—[Le Dauphin logé au château neuf de Saint-Germain].—[La comtesse de Moret].—[Lettre au Roi].—[Goût naissant pour le dessin].—[Les fontaines et les orgues de Saint-Germain].—[Instincts du commandement].—[Chanson du Dauphin].—[Les Espagnols et l'Infante].—[Les outils du menuisier].—[L'esprit de la galerie rouge].—[Danger que court Héroard].—[Conversation sur la chasse, le Louvre, etc].—[La paye des soldats du Roi].—[Le brave Crillon].—[Le chien Favori].—[Caractère du Dauphin].—[Discours des députés suisses].—[La statue d'Orphée].—[Les forçats].—[La belle Corisande et son petit-fils].—[Les Gascons].—[M. de Favas].—[Jouets de plomb].—[Mme de la Trimouille].—[Amour du Dauphin pour sa nourrice].—[Retour au vieux château de Saint-Germain].—[Mlle Prévost des Yveteaux].—[Le comte de Saure].—[Lettre au Roi].—[Les prières du Dauphin].—[Chanson gasconne].—[Henri IV couché avec ses enfants]; [mœurs et conversations singulières].—[Fiançailles du prince de Conty].—[Enseigne de diamants donnée par la Reine].—[La musique de la Reine].—[Le fossé et le pont-levis].—[Le Dauphin fouetté par le Roi].—[Un coffret flamand].—[Le comte de Soissons, M. de Rosny et M. de Montbazon].—[Batteries des tambours].—[Le Jaquemard de Fontainebleau].—[La famille de Montmorency].—[Le grand maréchal de Lorraine].—[Goût pour la musique].—[Don Juan de Médicis].—[Anniversaire de la mort de Henri III, usage pour les Dauphins].—[Familiarité d'un cul-de-jatte].—[Le sculpteur Francisco], [le peintre Martin].—[Entrevue avec la reine Marguerite]; [présents qu'elle fait au Dauphin et à sa sœur].—[Le galimatias de Nervèze].—[Le Saint-Thomas de Poissy].—[Ouvrages de la Chine et joujoux d'Allemagne].—[Lettre à la reine Marguerite].—[Proverbe de Salomon].—[Le président du Vair].—[Le ballet du Combat].—[Députés de l'assemblée de Châtellerault].—[Joujoux de Nevers].—[Présent du duc de Lorraine].—[Le chevalier d'Épernon].—[Le Dauphin entre dans sa cinquième année].—[La reine Marguerite; les livres à gravures].—[Conversation sur le prince de Galles].—[Le frère bâtard de Henri IV].—[Chapelets d'Italie].—[Mot de l'ambassadeur de Venise sur l'Italie].—[L'éclipse de soleil].—[Le nain de la Reine].—[La chambre de Charles IX].—[Lettres au Roi et à la Reine].—[Mendiants irlandais].—[Le livre d'Heures de Henri III].—[L'histoire de Matthieu].—[Portrait en cire du Roi].—[Le sculpteur Jean Paulo].—[Jouets de poterie].—[Le Dauphin va demeurer au château neuf].—[La marquise de Verneuil].—[Animal et bateau rapportés du Canada].—[Le sang royal et la fleur de lys].—[Captivité de Henri IV à Saint-Germain].—[La duchesse de Beaufort].—[Scène avec le Roi].—[Humanité du Dauphin].—[La carte gallicane de Thevet].—[Sympathie entre le Dauphin et le Roi].—[Henri IV et ses enfants].
Le 1er janvier, samedi, à Saint-Germain.—Il se promène avec sa harquebuse et sa fourchette, est mené ainsi à la messe, M. le Chevalier portant l'enseigne bleue où étoit l'aigle avec cette devise: Genus insuperabile bello, qui lui fut donnée par M. Arnaud, trésorier de France à Paris et secrétaire de M. de Rosny, M. le Dauphin étant à Villejuif, à dîner, s'en allant à Fontainebleau[156]. M. de Verneuil avoit son chapeau sur la tête: Otez, dit-il, votre chapeau, il faut pas que vous ayez votre chapeau sur la tête devant moi. On lui dit que papa vouloit qu'il (M. de Verneuil) eût son chapeau sur la tête: Mettez, mettez-le, dit-il soudain. Il tire son épée rabattue, qu'il appeloit son épée rouge; M. de Cressy, enseigne de M. de Mansan, lui dit: «Monsieur, voilà une belle épée! Elle ne coupe point!»—Ho! je la ferai bien couper pour le service de papa.
Le 2, dimanche.—Il fait un peu le fâcheux. M. de La Court lui dit que le tonnerre viendra qui l'emportera; il s'arrête, et demande: Que c'est? M. de La Court lui répond: «Monsieur, ne vous souvient-il pas que vous l'appeliez le tambour de Dieu?» Il écoute avec admiration, puis demande à Mme de Montglat: Mamanga, qu'est que Dieu, de quoi est-il fait? Elle lui dit qu'il n'étoit point fait, qu'il Janv
1605 étoit un esprit invisible. Peu de temps après elle lui demande que c'étoit que Dieu; il lui répond: C'est un esprit invisible. On le rassure aux arquebusades; le capitaine du Bouchage, archer des gardes du corps, et en garde près de lui, tire sept coups; il disoit: Je n'ai point peur, et les voyoit tirer assurément. Il en avoit été intimidé par ses femmes et surtout par sa nourrice, quand la compagnie faisoit la monstre[157], criant tout haut que l'on ne tirât point. Sept ou huit arquebusiers et mousquetaires tirent sous le grand portail, il se retourne et crie tout haut: Je n'ai pas peur.
Le 3, lundi.—Il veut écrire à papa et à maman, et écrit[158]: Ma bonne maman, je ne suis pus opiniâte, je n'ai pus peur du borgne; papa, je n'ai pus peur des harquebusades, j'ai fait tuer une perdrix.—Il a des jetons du palais dans une petite bourse d'Espagne, il en donne à chacun.—Je lui montrois, en un livre de figures de taille-douce, l'histoire de Goliath et de David; je lui montre la tête au bout d'une lance, il voit David à cheval et dit: Velà le petit Dauphin monté sur son grand cheval.—On l'accoutume à aller seul dans la chambre. Mme de Montglat lui donne un petit panier d'argent pour ses étrennes.
Le 4, mardi.—Sa nourrice lui demande: «Monsieur, voulez-vous pas aller à la messe, puis vous irez vous promener?» Il répond: Ho! non, j'irai premièrement à Ferme[159] me promener, puis j'irai à la messe.—«Mais, Monsieur, vous trouverez la porte fermée».—Je l'ouvrirai avec mon harquebuse à rouet.
Le 6, jeudi.—Madame entroit en sa chambre, il la veut frapper de sa pique. Madame de Montglat le tance, lui demande: «Monsieur, pourquoi avez-vous voulu Janv
1605 frapper Madame?»—Je suis fâché contre elle pour ce qu'elle a voulu manger ma poire. C'étoient des excuses inventées. M. l'aumônier lui en demandant autant à part, il répond: Pource que j'ai peur d'elle.—«Monsieur, pourquoi?»—Pource qu'elle est fille.—L'on tire des arquebusades dans la cour; il en a grand'peur.
Le 7, vendredi, à Saint-Germain.—Il dit à sa nourrice: Hé! ma Doundoun, hé! ma belle Doundoun, baisez-moi! Puis regardant et faisant la révérence aux portraits du Roi et de la Reine[160] il dit: Papa n'a point de chapeau. Je lui demande pourquoi?—Pource que c'est une peinture. Il s'amuse au livre de portraits en taille douce de M. de la Capelle, assis dans sa petite chaise, attentivement, demande l'interprétation des figures et s'en ressouvient.
Le 10, lundi.—Devienne, son cuisinier, fut marié ce jourd'hui; il dit: Mon gros roti e-est marié; i-il a une femme, i-il couchera avec elle[161]. Il s'amuse avec le chevalier de Verneuil et MM. d'Épernon, et dit, les faisant mettre autour de lui: Nous tenons le conseil; Madame approche: Ho! ho! voilà Madame qui écoute, allez-vous-en, il faut pas que les filles soient au conseil.
Le 13, vendredi.—Il s'amuse à tourner le rouet de la chambrière de Mlle Piolant. M. de Frontenac lui dit qu'il deviendroit fille, il quitte le rouet.—Il s'amuse au livre des figures du sieur de la Capelle, reconnoît en un endroit les armoiries du roi d'Espagne, et dit: Velà celles de papa, mettant le doigt sur les fleurs de lis. Je lui demande: «Monsieur, qu'y a-il aux armoiries de papa?»—Des fleurs de lis.—«Et aux vôtres?»—Des Dauphins.
Le 18, mardi.—Il entre, le matin, en fâcheuse humeur, dit à chacun: Allez-vous-en, je vous battrai. On fait entrer le valet du serrurier, qui par rencontre revenoit de Janv
1605 la chambre de sa nourrice, portant des tenailles et une tringle: «Voilà, dit le serrurier, de quoi j'embroche les opiniâtres.»—Je ne suis point opiniâte, mousseu le serrurier.