Le 19 janvier, mercredi, à Saint-Germain.—Il brûle de la poudre pour la première fois.
Le 20, jeudi.—A une heure arrive Mme la comtesse de Moret, elle assiste à son goûter; comme elle partoit, il lui dit de son mouvement: Recommandez-moi bien à papa, et que je suis son serviteur.
Le 25, mardi.—A cinq heures le Roi et la Reine arrivent de Paris; la Reine lui apporte un petit pistolet que lui-même a voulu débander devant le Roi. Le Roi commande à Mme de Montglat de faire manger quelquefois M. de Verneuil avec lui; il l'entend et dit: Ho! non, y ne faut pas que les valets mangent avec leurs maîtres!
Le 26, mercredi.—M. et Mlle de Verneuil ont dîné avec lui et ce fut la première fois; il ne le vouloit point; le Roi lui demanda pourquoi: Ho! il n'est pas fils de maman.
Le 27, jeudi.—Mené au Roi, au château neuf, dîné avec le Roi et tous les autres petits. A deux heures il va voir le Roi revenu de la chasse, le trouve avec sa robe de nuit, lui dit par deux fois: Papa, venez-vous mettre au lit.
Le 28, vendredi.—Mené chez la Reine, ramené à deux heures.
Le 5 février, samedi, à Saint-Germain.—Il se fait mettre son hausse-col, prend sa pique et s'en va à la basse-cour voir faire la monstre à la compagnie de M. de Mansan qui lors étoit à Paris; il se met à la tête, accompagné de M. le Chevalier et de M. de Verneuil, fait marcher la compagnie après lui, marche comme le capitaine, porte sa pique baissée; le tout fini il s'arrête, hausse sa pique, tourne la face vers les soldats, les fait arrêter, fait cesser la batterie du tambour, puis se retourne vers le sieur de Castillon, commissaire et secrétaire de M. le connétable, et Fév
1605 lève la main pour prêter le serment. Le commissaire demeure en doute, Mme de Montglat lui dit qu'il n'y avoit point danger de lui faire prêter le serment, et lui ayant demandé s'il ne promettoit pas de bien servir papa, il répond: Oui, et tout soudain appelle: Féfé Chevalier, venez prêter serment de bien servir papa. Il en dit autant à M. de Verneuil, et cela fait, crie aux soldats: Tirez, tirez, je n'ai pas peur. Ils tirent tous en salve, il n'a point de peur ni aucun semblant d'en avoir et dit encore à M. le Chevalier: Féfé, promettez-vous de bien servir papa?—«Oui, Monsieur».—Et moi aussi.
Le 7, lundi, à Saint-Germain.—A douze heures et demie arrive le duc de Lenos[162], ambassadeur du roi d'Angleterre, né en France, fils d'une sœur de M. d'Antragues, cousin germain de Mme la marquise de Verneuil; le Dauphin le reçoit fort bien.
Le 10, jeudi.—M. de Frontenac le vient voir avec M. d'Harambure[163], portant un oiseau de poing.
Le 11, vendredi.—A onze heures il se met à la fenêtre attendant impatiemment la venue du Roi; le voyant venir il crie à haute voix: Papa; le Roi arrive, il le reçoit dans sa chambre puis le mène en la sienne; dîné avec le Roi, il mange du beurre que le Roi lui-même lui étend sur du pain. Le Roi parle d'aller à la chasse, disant qu'il se faut dépêcher de dîner; il dit: Et moi itou j'irai à la chasse avec papa; j'ai envoyé quéri Cavalon; c'étoit son chien. Madame lui dit de prendre aussi le sien qui se nommoit Amadis de Gaule: Ho! non, dit-il, le cerf le blesseroit d'un coup de corne. Le Roi lui dit qu'il falloit dire de la tête, il reprit: De la tête, et n'y faillit plus. A souper, le Roi lui envoie le pied du cerf par M. Praslin; il fait couper Fév
1605 le pied de sa perdrix et lui dit: Tenez, portez cela à papa.—Le Roi vient en sa chambre, y joue aux échecs.