Le 12, samedi, à Saint-Germain.—A neuf heures mené au Roi qui étoit encore au lit; il lui donne la chemise. Dîné avec le Roi; il danse devant le Roi la bourrée où il compose des grimaces, la sarabande, la gavotte, les remariés, et plusieurs autres danses; le Roi le baise, l'embrasse, et à une heure part après midi pour retourner à Paris.—En goûtant, il entend parler de M. Martin et dit: C'est celui qui a fait la peinture de Moucheu le Dauphin, mémoire incroyable de s'en ressouvenir[164].

Le 14, lundi.—L'on parloit d'une mariée qui devoit venir danser au château. Mme de Montglat lui demande: «Monsieur, comment fera la mariée?»—Si Moucheu Heroua n'étoit là, je le dirois.—«Monsieur, lui dis-je, il n'y a point de danger.» Il met sa pique entre ses jambes et élevant un bout branloit les fesses.

Le 15, mardi.—Il se joue avec un lévrier nain noir, que M. de Longueville lui avoit envoyé, nommé Charbon. Il cause étrangement, se ressouvient d'un ballet fait il y avoit un an et demande: Pourquoi est-ce que le petit Bélier étoit tout nu? Il faisoit le Cupidon tout nu.

Le 16, mercredi.—Il s'amuse dans son lit aux emblèmes d'Alciat, il en reconnoissoit beaucoup. A une heure et demie vient Mme la duchesse de Deux-Ponts, qui, le soir auparavant, étoit arrivée à dix heures; il danse la gaillarde, la sarabande, la vieille bourrée.

Le 19, samedi.—Pendant son lever, le charbonnier vient, qui lui dit: «Bonjour, mon maître.» Il demande à M. l'aumônier: Qui est son maître?—«C'est le Roi et vous.»—Qui est le plus grand?—«C'est papa et vous après,» répond l'aumônier.—Non, c'est Dieu qui est le plus grand?

Le 20, dimanche.—L'on parloit d'un homme condamné Fév
1605 à être pendu, il demande: Qui le pendra? l'on répond que ce seroit le valet du bourreau, il dit: Je ne veux donc point avoir un valet. Peu après il appelle M. Birat, lequel il souloit appeler son valet, pour lui commander quelque chose, et l'ayant appelé par son nom: «Quoi! dit-il, Monsieur, vous ne m'appelez pas votre valet?»—Hé! c'est le bourreau qui a un valet.

Le 22 février, mardi.—Il reconnoît beaucoup de lettres de l'alphabet; il se fait habiller en mascarade.

Le 1er mars, mardi, à Saint-Germain.—Il demande un marmouset qui joue de deux épées et le nomme Salomon, du nom du tireur d'armes de MM. d'Épernon. Je lui donne un cheval et un marmouset de Flandres, fait de poterie. Où est, dit-il, son corps? pource qu'il n'étoit fait que jusques à la poitrine.

Le 2, mercredi.—Le Roi arrive, il va à la porte, courant au devant de lui l'embrasser; le Roi le mène dîner avec lui, puis va à la chasse. A cinq heures, la Reine arrive de Paris, il est mené au devant d'elle presque hors la porte de l'escalier, remonte avec elle en sa petite chambre, danse sarabande, bourrée, le branle simple, la saugrenée, Comment, ce moine trotte, puis dit: Maman, ai-je pas bien dansé? Il s'amuse à un chien d'Ostreland; il aimoit fort les chiens.—Mené à sept heures en la chambre de la Reine, il s'amuse à voir des personnages à la tapisserie où il y avoit des petits enfants. Le Roi lui dit: «Mon fils, je veux que vous fassiez un petit enfant à l'Infante.»—Ho! ho! non, papa.—«Je veux que vous lui fassiez un petit dauphin comme vous.»—Non pas, s'il vous plaît, papa, dit-il, en mettant sa main au chapeau et en faisant la révérence. Mme de Montglat lui dit: «Monsieur, dites à papa qu'il fasse donner des hoquetons neufs aux archers qui vous gardent, comme aux autres.»—Ho! ho! non, dites-l'y vous-même, et il lui fait par plusieurs fois la pareille réponse, sans le pouvoir persuader de le faire.

Mars
1605