Le 2, jeudi.—Le comte de Saure, grand écuyer de l'Archiduc, revenant d'Espagne, lui baise la main, lui fait les recommandations de l'Infante, et dit qu'elle parle souvent de lui et que l'on désire en ce pays là bien fort de le y voir. A dîner on lui dit: «Monsieur, buvez à la santé de l'Infante,» il répond: Je m'en vas boire à ma maîtresse.
Juin
1605
Le 3, vendredi, à Saint-Germain.—Il vient en ma chambre, demande: Où est le lion? C'étoit le livre des animaux de Gesner; il les reconnoît, puis les oiseaux.
Le 4, samedi.—Il s'amuse dans son lit à une boîte de petites quilles à pirouette; je lui baille un petit singe de poterie qui avait le col cassé jusqu'aux épaules.—Il va sur les terrasses, se raille de Montméjan, soldat et gentilhomme gascon, en disant: Ce Montméjan qui dit: lou castel de mon païre, c'est-à-dire le château de mon père, s'en rendant lui-même l'interprète. Il monte en ma chambre, demande à voir les livres des oiseaux et des quadrupèdes de Gesner, puis: Où est celui des bâtiments? C'étoit celui de Vitruve, qu'il n'avoit vu il y avoit plus d'un an.
Le 6, lundi.—Il va en la chambre de Mme de Montglat. Je lui tiens la main pour écrire au Roi en cette sorte:
Papa, j'ay su que vous avez esté malade, j'en ay esté bien marry, mais j'ay tant prié Dieu qu'il vous a rendu vostre santé. J'en ai fait trois petits sauts. J'ay bien envie de vous voir, car je suis bien sage, plus opiniastre, et feray tout ce que vous me commanderez, et seray toute ma vie, Papa, votre très humble et très obéissant fils et petit valet.—Daulphin.
Deux soldats de la compagnie, pour s'être battus au corps de garde, étoient prisonniers; M. de Verneuil lui dit: «Mon maître, dites, s'il vous plaît, à M. de Belmont qu'il fasse sortir les prisonniers.»—Qu'ont-ils fait? dit-il brusquement et de lui-même; on lui dit qu'ils s'étoient battus; il va froidement à M. de Belmont: Belmont, faites sortir les prisonniers, faites, faites. Les deux soldats arrivent, il leur dit de son mouvement: Soyez sages, ne vous battez plus, et, peu après, les voyant encore là: Allez vous-en au corps de garde.
Le 7, mardi.—Il va au bâtiment neuf, chez le menuisier, pour voir faire son jardin de bois, puis chez le sieur Francino pour y voir la fontaine qu'il lui faisoit. Le soir il dit à Mme de Montglat: Mamanga, faites pas dire Pater, faites Juin
1605 dire notre Père. Étant à ces mots: Ton règne advienne: Mamanga, qu'est-ce à dire ton règne advienne? Mme de Montglat lui en donne raison, et il continue: Mamanga, qu'est-ce à dire: et nous pardonnez nos offenses?—«Monsieur, c'est que nous offensons le bon Dieu tous les jours, nous le prions qu'il nous pardonne;» à ces mots: Et nous garde du malin: Mamanga, qu'est-ce à dire malin?—«Monsieur, c'est le mauvais ange qui vous fait dire: Allez-vous-en! Parlez plus haut!» et autres traits de son opiniâtreté. Il dit encore à Mme de Montglat: Le bon Dieu a été sur la croix, Mamanga. Je lui demande: «Monsieur, pourquoi?»—Pour ce que nous avions tous été opiniâtres, vous, Mamanga, moi aussi, maman doundoun et mademoiselle Héouard.
Le 8, mercredi.—Éveillé il chante dans son lit:
Miquele se veut marida