Mai
1605
Le 14, samedi.—Il va jouer en la cour, dit aux soldats qu'il aimoit les Gascons; on lui demande: «Pourquoi?»—Pour ce que je suis de leur pays.
Le 18, mercredi, à Saint-Germain.—Il voit plusieurs sortes de satin de couleur, à doubler l'armoire de ses armes, choisit le bleu. J'arrive de Paris; il vient au devant en la cour: Que m'apportez-vous? Je lui baille un marmouset à cheval tenant une laisse de lévriers. Le soir, un peu avant de se coucher, il donne le mot au sieur de la Perrière, exempt; M. l'aumônier le lui demande, il lui répond: Il ne faut pas donner le mot au prêtre.
Le 24, mardi.—Mené au logis du sieur Francino, qui lui faisoit une petite fontaine.
Le 25, mercredi.—Il se joue en la galerie; M. de Favas[186] y vient, il lui baille son épieu de fer, son épieu de bois à M. de Belmont, et, à M. de Mansan, sa fourchette[187]; lui porte sa arquebuse, fait marcher M. de Favas à la tête, et va ainsi à la guerre. Il va chez Francino, en son cabinet, où il s'informe du nom de tout ce qu'il y voit.
Le 26, jeudi.—Sa remueuse lui donne un petit ménage de plomb, un calice, un encensoir, un coq et une femme, le tout dans une boîte; il range ces petites besognes. Mme de la Trimouille, fille de feu M. le prince d'Orange et de Mme de Jouarre, Mme la marquise de Royan, fille de feu M. le chancelier, vont à la chambre de M. de Verneuil; le Dauphin fut fâché que quelqu'un de ceux de Mme de la Trimouille lui avoit relevé de terre une petite balle; elle s'approche de lui, disant qu'elle le tanceroit bien: il lui donne un soufflet.
Mai
1605
Le 30 mai, lundi.—Il écoutoit sa nourrice se plaignant de ce que l'on avoit renvoyé de ses amis qui étoient venus pour voir le Dauphin; il se prend à pleurer, disant: Je veux qu'on les aille querir. Il s'étoit déchaussé étant à table, sa nourrice le veut chausser: Non, maman doundoun, je veux pas que vous me chaussiez.—«Pourquoi, Monsieur?»—Pource que vous m'avez donné à teter quand j'étois petit. Il va chez Francino, fait mettre un robinet à sa fontaine de bois, a la patience de voir tout faire.
Le 31, mardi.—Parti pour retourner au vieux château, à cause de la venue du Roi.[188]
Le 1er juin, mercredi, à Saint-Germain.—Mlle Prévost des Yveteaux[189] et Mlle Morin, de Chartres, assistent à son souper; il regarde attentivement Mlle Prévost, je lui dis que je vois bien qu'il est amoureux; il en sourit, puis feint de regarder ailleurs et la guigne du coin de l'œil. Mené au jardin, il entend deux soldats qui étoient à la prison de l'horloge, et dit: Je veux qu'ils sortent, Mamanga. Elle lui dit qu'il le falloit demander à M. de Mansan; il se retourne soudain pour aller à lui, qui étoit demeuré derrière, et lui dit: Taine[190], je veux, s'il vous plaît, que vous fassiez sortir ces soldats.