Le 26, mardi.—Mené au vieux château, où il prend par la main Mlle de Frontenac, la conduit dans la chapelle, la mène à l'offrande après avoir attentivement regardé et écouté tout ce qui s'étoit passé aux cérémonies d'épousailles, et la ramène en son logis. A une heure arrivent les députés de Zurich, Bâle et Schaffouse; celui de Zurich, chancelier, porta la parole, disant: «Monseigneur, Messieurs des Quatre Cantons, vos serviteurs et bons amis, alliés et confédérés, nous ont envoyés devers le Roi pour quelques affaires, desquelles nous lui avons parlé ces jours passés, et nous sommes venus ici, Monseigneur, pour vous voir et vous supplier de les tenir pour vos serviteurs, bons amis, alliés et confédérés. Aimez et assistez notre nation quand elle en aura besoin, espérant qu'avec le temps, vous serez roi de France; et pour notre particulier, Monseigneur, nous vous supplions de nous tenir pour vos très-humbles et affectionnés serviteurs, et prions Dieu qu'il vous accroisse en vertu comme en âge.» Le Dauphin répond: Messieurs, je vous remercie.—Il soupe à la noce de Mlle de Frontenac, ayant en sa table toute la compagnie.

Le 27, mercredi.—Il demande d'aller à la garenne; en approchant du bac il voit sept ou huit hommes delà l'eau et dit: Hé! je gage que velà la drôlerie du Pecq; c'étoient les gens du Pecq qu'à la mi-carême il avoit ouï nommer ainsi. Passé, mené le long de l'eau, il voit courir quelques lapins. Ramené au bac il s'amuse à jeter du papier dans l'eau en guise de bateaux.

Le 28, jeudi.—Il va en la galerie, s'amuse à voir planter des châssis aux fenêtres, considère les fruits des vases peints au lambris, les nomme.

Le 29, vendredi.—Mené à la grotte d'Orphée, où l'on le fait enfin entrer, suivant Mme de Montglat, qui lui tendoit des pois sucrés dans sa main; mais avant il fallut Avr
1605 faire couvrir l'effigie[182] avec un linge; il voulut avoir les clefs de peur que l'on ne le fît jouer.

Le 30 avril, samedi.—Il s'amuse à peindre sur du papier, imitoit les peintres, soutenant sa main droite, dont il tenoit la plume comme un pinceau par-dessus le bras gauche, comme font les peintres sur la verge[183], et conduisoit sa main et la plume aussi artistement qu'eût fait le peintre son pinceau.

Le 1er mai, dimanche, à Saint-Germain.—Le tambour de M. de Mansan lui apporte des bouquets; il va à Mme de Montglat: Hé! Mamanga, donnez un écu au tambour.—«Monsieur, votre trésorier n'est pas ici».—Hé! Mamanga, donnez-lui, je vous rendrai tout, mais que je sois grand.

Le 2, lundi.—Je pars pour aller à Paris[184].

Le 7, samedi.—M. de Guise le vient voir; il lui demande: «Monsieur, aimez-vous bien les Espagnols?»—Non, répond le Dauphin.

Le 9, lundi.—Mené promener aux grottes, il voit des forçats qu'on menoit à la galère, et se prend à pleurer, disant: Mamanga, je veux qu'on les laisse aller.

Le 13, vendredi.—Mme la comtesse de Guichen le vient voir; il tire d'une petite arbalète que la comtesse lui avoit donnée, monte sur le cheval du petit Lauzun, petit-fils de la comtesse[185].