Le 24 août, mercredi, à Saint-Germain.—MM. du Pons, premier consul de Montpellier, de Gasques et de Ferrier, députés vers le Roi par l'assemblée tenue à Châtellerault, le baron de Courtomer (de Normandie) portant la parole, viennent, avec lettre de M. de Rosny à Mme de Montglat, offrir leur service au Dauphin et donner assurance de leur fidélité.

Le 13 septembre, mardi, à Saint-Germain.—J'arrive de Paris[226]; ma femme lui donne des petits chiens de verre et autres animaux faits à Nevers; je lui donne un suisse fait de poterie. A souper ma femme lui dit: «Monsieur, vous êtes friand, il pleuvra le jour de vos noces!» Il lui répond: Ho! je serai à couvert.

Le 15, jeudi.—Les milords North et Noris, anglois, jeunes, le viennent voir; il leur donne sa main à baiser; le milord North lui dit: «Monsieur, tous vos gendarmes sont allés en Périgord avec le Roi votre père à la guerre; quand vous y voudrez aller, nous serons vos gendarmes, nous irons devant vous;» ils lui baisent la main, et s'en vont.—Il se met à écrire avec son crayon, puis plie la lettre, me fait entortiller la soie; Mme de Montglat met la cire, lui le cachet, et il dit à M. Boquet: Boquet, allez-vous-en porter cette lettre à papa, à Orléans.—«Monsieur, dis-je, qu'y a-t-il dans la lettre?»—J'écris à papa qui me vienne voir bientôt.

Le 16, vendredi.—Il chante tout bas:

Bergeronette mamiette,

Bergeronette mon souci,

et montrant ma femme, qui étoit habillée d'un manteau de chambre, dit: La velà.

Le 17, samedi.—Il dit qu'il n'est pas puceau, pource Sept
1605 qu'il a couché avec doundoun quand Boquet[227] n'y étoit pas
.—Il donne de soi-même le mot à M. de Mansan: Saint Paul, après avoir été enhardi de ce faire par Mme de Montglat.

Le 18, dimanche, à Saint-Germain.—M. de Champvallon lui apporte, de la part de M. de Lorraine, un mousquet dans un fourreau de velours vert et une bandoulière brodée d'or et d'argent, les charges d'or émaillé et la fourchette, qui étoit un dauphin; il en est tout transporté de joie. Là-dessus MM. d'Épernon viennent de Paris pour le voir; il leur montre son mousquet, les mène au cabinet de ses armes, les arme tous, les met en garde. Il étoit tout né aux fonctions de la guerre, tout viril, et je n'ai jamais reconnu en lui, pour si petit qu'il ait été, aucune foible et féminine action. M. le Chevalier lui dit, en lui montrant le chevalier d'Épernon[228], fils bâtard de M. d'Épernon: «Monsieur, voici le fils bâtard de M. d'Épernon, qui vient pour être votre page.»—Un bâtard, un bâtard être mon page! répète-t-il plusieurs fois avec véhémence et abomination. L'après-dînée je racontois ce qu'il avoit dit du chevalier bâtard de M. d'Épernon; il m'écoutoit froidement et sans en faire semblant, et tout à coup il me demande: Avez-vous écrit cela?

Le 19, lundi.—Il va en carrosse se promener sur la côte du Pecq, aux vignes d'un nommé La Fontaine, archer du corps, qui étoit en garde près de lui; il y apporte une petite serpe et un petit panier, se coupe deux grappes, les met en son panier. Il mange un gros morceau de pain bis; envoyé querir par Mlle de Vendôme chez le gros Maurice, au Pecq. Mme de Montglat me racontoit comme il avoit mangé du pain de M. Maurice; lui, qui écoutoit tout et faisoit profit de tout, l'accommodant aux occasions, dit: Il a de bon pain bis, Maurice; ce n'est pas le Sept
1605 comte Maurice, qui garde les Espagnols; c'est pas Flandres, c'est le Pecq.