Mené au Pecq, passé le bac, mené à la garenne. Il y avoit trois ou quatre pauvres Irlandois et Irlandoises mendiants; on le lui dit, il les voit; le voilà le visage tout de feu de colère: Qu'on les fasse sortir. Ils sortent; on lui dit: «Monsieur, ce sont de pauvres petits Irlandois Oct
1605 qui demandent l'aumône»; il revient à soi, et la leur fait donner.
Le 20, jeudi, à Saint-Germain.—Il me dit: Allez querir votre livre jaune. Je lui demande: Est-ce celui où il y a un Roi qui prie Dieu».—Oui.—«C'est un livre qui a été au feu Roi[239], où il prioit Dieu.»—Au feu Roi?—«Oui, Monsieur.»—Où l'avez-vous eu?—«Monsieur, je l'ai eu à Tours.»
Le 21, vendredi.—Il vient en ma chambre, et dit: Je veux écrire à papa; c'étoit par M. le baron du Tour[240]; Madame aussi écrit sa première lettre à la Reine.
Le 23, dimanche.—Mené au bâtiment neuf y attendre la Reine, il court en la galerie, aide à faire le lit de la Reine; la Reine ne venant point, il est ramené en sa chambre, où M. de Châteauvieux[241] lui baise les mains; et comme il s'en retournoit, Mme de Montglat le fait conduire et éclairer avec un flambeau; il court après, et crie: Mon flambeau, qu'on le rapporte? La Reine arrive à six heures et demie.
Le 24, lundi.—M. de Vic, l'ambassadeur, lui donne l'histoire de Matthieu[242], de la part de l'auteur. A dix heures, mené au bâtiment neuf, à la Reine, qui étoit encore au lit; il s'amuse près de la Reine à son habiller, puis à onze heures et demie va à la messe avec elle; dîné avec la Reine.
Le 25, mardi.—Mené à la Reine au bâtiment neuf, il court en la galerie, va le long des lambris, feignant de cueillir des raisins qui y sont en peinture. Le sieur Alphonso Taxis, revenant d'Angleterre ambassadeur, baise Oct
1605 la robe de la Reine et se couvre, puis baise la main de M. le Dauphin, qui lui demande des nouvelles de l'Infante et dit: Apportez-moi son portrait.—L'on parloit que son baptême se feroit au mois de mai; Mme de Montglat lui demande: «Monsieur, comment voulez-vous que l'on vous nomme?»—Henry. Je lui demande pourquoi.—Papa s'appelle ainsi; je ne veux pas avoir nom Louis.
Le 26 octobre, mercredi.—La Reine lui donne son petit coffret d'argent, où elle mettoit ses pendants d'oreille; M. de Courtenvaux, revenant de Flandres, lui donne un pistolet. Il se joue, tenant un portrait du Roi fait en cire, dans une boîte d'ivoire, et dit: C'est papa. Mlle de Vendôme lui dit: «C'est aussi mon papa.»—Non, c'est pas votre papa. Il va en la chambre de Madame, où il écoute fort attentivement M. de Cressy lisant l'histoire de Matthieu, fait taire ceux qui faisoient du bruit.
Le 27, jeudi.—La Reine part à deux heures et demie; il va sur la terrasse de Neptune, d'où il lui voit passer le bac.
Le 28, vendredi.—Il s'amuse à travailler sur de la cire comme il avoit vu faire au sieur Jehan Paulo[243].
Le 3 novembre, jeudi, à Saint-Germain.—J'arrive de Paris[244], il court au-devant de moi, me saute au collet, m'embrasse par deux fois; je lui donne un petit lion de poterie et ma femme un homme de poterie.