Le 5, samedi.—Montaigne, chevaucheur d'écurie, arrive de la part du Roi, avec lettre portant commandement exprès de faire, la lettre vue, loger M. le Dauphin au bâtiment neuf pour causes contenues dans la lettre[245]; il en est si aise qu'il fait lui-même déménager, trousser son lit; il commande et a le soin de tout.
Nov
1605
Le 9, mercredi, à Saint-Germain.—Mme la marquise de Verneuil arrive au vieux château[246].
Le 10, jeudi.—Il se fait entretenir par Mlle Piolant de petits contes.
Le 12, samedi.—M. de Verneuil revenoit de voir Mme la marquise sa mère au vieux château[247]; il lui demande: D'où venez-vous?—«Mon maître, je viens de voir maman mignonne.»—C'est la vôtre, pas la mienne.
Le 13, dimanche.—Il faisoit le fâcheux; l'on fait abaisser une poignée de verges attachée à une ficelle, sous la cheminée; l'on lui faisoit croire que c'étoit un ange qui les portoit du ciel.
Le 14, lundi.—Il va en la chambre de sa nourrice, où il épluche de l'oseille et du persil pour le potage de M. Girard.
Le 15, mardi.—Sa première nourrice le vient voir; il lui donne sa main, ne la veut point baiser ne accoler.—Mené au Pecq et passé l'eau pour voir dans un grand bateau un animal porté du Canada par M. de Monts[248], Nov
1605 de la grandeur d'un élan. Il y avoit une petite barque faite à la mode du pays, avec du jonc, et couverte d'écorce d'arbre, teinte de rouge, faite en façon de gondole et ayant les avirons du bois du pays; trois mariniers la firent voguer devant lui d'une incroyable vitesse.
Le 17, jeudi.—Il écrit au Roi en ma chambre:
Papa, je suis bien aise de ce que M. de Saint-Aubin m'a dit que vous vous portez bien et que vous êtes à Paris, pour ce que je pense d'avoir bientôt l'honneur de vous voir et de vous baiser la main. Si j'étois bien grand je vous irois voir à Paris, car j'en ai bien envie. Hé! papa, je vous supplie très-humblement, venez me voir, et vous verrez que je suis bien sage. Il n'y a que Madame d'opiniâtre, je le suis plus. Ma plume est bien pesante. Je vous baise très-humblement les mains. Je suis, papa, votre très-humble et très-obeissant fils et serviteur.—Daulphin.