Le 19, samedi.—A une heure monté en carrosse; hors la ville il monte à cheval, est mené à la garenne de Colombes, voit courir un loup. Après souper il va chez la Reine.
Le 20, dimanche, à Paris.—Mené en carrosse au sermon à Saint-Barthélemy, puis allé aux Tuileries.
Le 23, mercredi, voyage.—Mené à la chapelle de Bourbon, puis à six heures trois quarts monté en carrosse; il part de Paris, va dîner à Essonne, où il arrive à dix heures. A une heure et demie il entre en carrosse, arrive à quatre heures et demie à Fontainebleau; c'est la première fois qu'il y est arrivé roi. Mené chez la Reine, qui arriva à sept heures et demie; à neuf ramené en sa chambre, qui regarde sur le jardin de la Reine et est contre la chambre ovale en laquelle il naquit.
Le 26, samedi, à Fontainebleau.—Mené à la chasse du cerf, à trois lieues de Fontainebleau; ramené à six heures, soupé. Joué à cachette; il y fait jouer M. de Mars
1611 la Curée, lieutenant de sa compagnie de chevau-légers.
Le 27, dimanche.—Mené promener aux jardins et à dix heures à la messe avec la Reine, à la chapelle de la salle du bal; il va à la procession. A trois heures il va au sermon à la salle du bal; mené au grand canal, il entre en sa galiote, fait tirer la rame à ceux qui étoient avec lui; ramené par le chenil et les jardins.
Le 28, lundi.—A quatre heures monté en carrosse pour aller à la chasse, où, étant arrivé, M. de Souvré lui demande s'il veut pas monter à cheval, et qu'il y a deux haquenées; qu'il choisira.—Pour qui sera l'autre?—«Ce sera pour moi.»—Je suis bien aise d'être en carrosse, et il n'en voulut point sortir. C'étoit à dessein, afin que M. de Souvré ne montât point sur sa haquenée; c'étoit l'une de ses plus fortes jalousies.—Mis au lit, il parloit des Égyptiens[65] qu'il avoit rencontrés, revenant de la chasse, et dit: Si on voloit pour Égyptien, le grand prévôt seroit un bon gerfaut. M. d'Aiguillon et M. le marquis d'Ancre y étoient, sa nourrice aussi; M. le marquis d'Ancre lui dit, mettant la main sur la nourrice: «Sire, il faut que les femmes qui sont à votre coucher couchent avec M. d'Aiguillon, qui est un grand chambellan, et avec moi qui suis premier gentilhomme de votre chambre; le Roi le regardant en colère, lui tourne le dos, disant ces mots: Ouy les vilaines[66].
Le 31, jeudi.—Mené à neuf heures au sermon, qui fut fait par M. l'évêque de Montpellier[67], puis il lava les pieds aux pauvres. Pendant la cérémonie ou un peu après, il voit un archer de ses gardes qui tirailloit de la toile (sic) avec un gentilhomme de ses ordinaires nommé le sieur de Maivre[68], commande au sieur de Nérestang, Mars
1611 capitaine de ses gardes: Allez tancher (tancer) cet archer, qui se prend à un de mes gentilshommes.
Le 1er avril, vendredi, à Fontainebleau.—A huit heures et demie mené au sermon et au service, où il est jusques à midi. Après dîner mené à ténèbres, et à quatre heures au jeu de paume.
Le 2, samedi.—Il s'amuse à tirer contre un chardonneret que l'on lui avoit apporté en sa chambre, avec son arbalète à argelet, le frappe en l'aile par deux fois. Mené à la messe, à la salle du Cheval, conduit par M. le marquis d'Ancre. A trois heures et un quart, il va dans la chambre de la Reine; elle étant près de lui, en la ruelle du lit, reçoit le marquis Spinola, qui passoit, s'en allant en Espagne.
Le 3, dimanche.—A huit heures il va à confesse, en sa chambre, au P. Coton, jésuite; à neuf heures à la messe, en la salle du Cheval, où il fait ses Pâques; à onze heures en la cour des Fontaines, et touche les malades pour la deuxième fois; il y en avoit six cent soixante[69]. A midi dîné; à deux heures il monte en carrosse, va ouïr vêpres à la chapelle Saint-Louis.