Le 18, mardi, à Paris.—M. de Souvré lui dit qu'il rêve la nuit, et lui demande que c'est qui le fait rêver; il répond: C'est que je songe que l'on me chatouille, qu'on me fait comme cela, dit-il en se chatouillant. Soupé avec prunes de Brignole confites; il en donne quatre à Mathurine, disant qu'il faut le demeurant pour ses gentilshommes servants; il donne des dragées de fenouil à M. de Souvré puis à M. de Praslin et à M. de Vitry, capitaines des gardes; c'est le premier bienfait qu'ils ont eu du Roi.
Le 20, jeudi, à Paris.—A neuf heures et demie déjeûné, mené chez la Reine, et, à dix heures trois quarts, Mai
1610 en cérémonie et à cheval ouïr la messe à Notre-Dame. Il ne se vit jamais une si grande acclamation de peuple criant: Vive le Roi! et mêlée de larmes. M. de Paris le reçoit à l'entrée, en cérémonie; M. le prince de Conty porta l'offrande.
Le 22, samedi, à Paris.—Mené en carrosse aux Tuileries, il fait prendre une cane dans l'étang par ses chiens, y a goûté à cheval. Mis au lit, il commande à M. de Heurles d'apporter du papier et de l'encre: Écrivez, lui dit-il, les noms de mes chiens, et les lui nomme, puis en baille le mémoire à M. le Grand.
Le 24, lundi, à Paris.—Mené en carrosse aux Tuileries, il se fait tirer par deux valets de pied dans un petit carrosse à bras, puis y fait atteler deux de ses bidets.
Le 25, mardi, à Paris.—A neuf heures et demie déjeuné; il va donner le bonjour à la Reine, là où je reçus l'honneur du commandement qu'elle me fit de servir le Roi en qualité de premier médecin. Étudié, écrit, tiré des armes, dansé; mené à la chapelle de l'antichambre de la Reine, il ne sort point de tout ce jour hors du château, sur des avis que l'on lui avoit donné que ce jour étoit périlleux pour lui. Les ambassadeurs résidents viennent voir la Reine; il étoit près d'elle et Messieurs et Mesdames.
Le 26, mercredi, à Paris.—Son précepteur lui demande s'il se ressouvenoit bien de ces deux vers qu'il lui avoit appris, il y avoit quelque temps, et les lui nomme:
Cæsareos fateor titulos habet Austria multos,
At Cæsar verus Carolus unus erat.
Il répond: Non, je ne veux pas dire ainsi, et les récita ainsi:
Cæsareos fateor titulos habet Austria multos,