Le 28, jeudi.—Il écrit à M. de Villeroy pour le prier de faire en sorte que M. Le Fèvre, retenu pour être son précepteur, ne vienne point pendant qu'il sera à Saint-Germain. Étudié, etc.; il va promener, à la messe, chez la Reine, qui lui parle de M. Des Yveteaux et lui demande ce qu'il avoit dit en prenant congé de lui: Il étoit bien en colère; il me dit qu'il en avoit eu la peine et un autre en auroit l'honneur.

Le 29, vendredi.—A six heures il va chez la Reine, où il voit achever la Bradamante[88], représentée par Madame et autres; à sept heures et un quart soupé.

Le 30, samedi.—Éveillé à trois heures après minuit Juil
1611 en crainte du fouet, pour s'être, le jour précédent, opiniâtré contre M. de Souvré, sur la réponse qu'il avoit à faire aux députés de ceux de la Religion assemblés à Saumur. M. d'Heurles, valet de chambre, l'assure que M. de Souvré ne s'en ressouvient point.—M'en asseurez-vous?—«Oui, Sire»; là-dessus il s'endort jusques à sept heures.

Le 31, dimanche.—Il se fait apporter ses arbalètes et va au parc, y tire à des oiseaux, puis, monté sur un petit bidet, il va au galop; M. de Frontenac, son premier maître d'hôtel et capitaine de Saint-Germain, le mène à la chasse, lui fait voir des chevreuils.

Le 1er août, lundi, à Saint-Germain.—Monté à cheval, mené au parc, à la chasse, il ne veut jamais permettre que M. d'Aiguillon le suivît à cheval; il fut contraint de renvoyer son cheval et de s'en retourner; le Roi n'est suivi à cheval que de M. de Souvré et de M. de Pluvinel. Joué, étudié, etc.; goûté, mené en carrosse aux toiles, il prend un grand sanglier. Après souper il va sur la terrasse, fait jeter des fusées, va chez la Reine, revient à huit heures et demie, se moque de M. de Verneuil, qui avoit été à la chasse: Mon frère de Verneuil, qui a mis la main à l'épée d'une lieue loin et crioit à mon sanglier: A moi, sanglier, je te tuerai!

Le 2, mardi.—A trois heures mené en carrosse au vieux château, en la salle du bal, où, en sa présence, celle de la Reine, des princes, princesses et seigneurs, de M. le chancelier et président Jeannin, a été représentée sur le théâtre tout accommodé la tragi-comédie de Bradamante par ces personnages: Madame représentoit Marphise;—Mme Christienne, Léonor, fille de Charlemagne;—Bradamante, Mlle de Vendôme;—le baron de Palueau, Charlemagne;—Mlle de Renel, Aimon;—Mlle de Vitry, Béatrix;—Françoise Lecœur, Nimes, duc de Bavière;—M. d'Aubasine, Léon;—Mlle d'Harambure, Renaud;—Nicole Du Tost, Roger;—Mlle de Frontenac, Basile, Août
1611 duc d'Athènes;—Barbe Talon, la Roque;—Mlle Mercier la petite, l'ambassadeur de Bulgarie;—Mlle de Verneuil, l'ambassadeur de Grèce;—Mlle Sauvat, Hypalque;—Mlle de Frontenac la petite, Mélisse[89].

Le 3, mercredi.—Étudié, etc.; il s'amuse à faire prendre feu à un pistolet et refusoit à danser; M. de Souvré l'en presse: Ce sera donc à la charge que je tirerai encore un coup. Il se joue en la galerie, à cause de la pluie et du tonnerre.

Le 4, jeudi.—Il fait apporter ses marmousets d'argent, les range sur son lit[90], dit que c'est la foire Saint-Germain, que ce sont marchandises qui viennent d'Allemagne, de la Chine. Étudié contre son intention, en est en colère contre M. de Souvré. Environ une heure arrive M. le chevalier de Vendôme, pleurant, se jeter à genoux devant le Roi, et qui venoit d'en faire autant à la Reine, la suppliant qu'il mourût aux pieds du Roi et des siens, et de n'aller point à Malte: «Ha! Sire, lui dit-il, ayez pitié de moi; la Reine me veut ôter d'auprès de Votre Majesté pour m'envoyer à Malte!»—Hé! qu'avez vous fait à la Reine ma mère?—«Rien, sire.»—Quoi! irez-vous toujours sur la mer?—«Oui, sire.»—Gardez-vous bien et soyez le plus fort quand vous irez à la guerre, et écrivez-moi souvent. C'étoit une grande pitié de ouïr ses plaintes et ses larmes pour l'amitié qu'il lui portoit et l'appeloit: Zagaye (sic): on me le veut ôter pource que je l'aime. On ne le pouvoit apaiser; la Reine y arrive, il redouble ses pleurs; elle tâche de le divertir. Sur les deux heures M. le Chevalier dit adieu, les plaintes redoublent; la Reine fait ce qui se peut pour l'apaiser et le divertir; on met tout à l'heure le Chevalier en carrosse, et il est conduit à Paris.—Après souper la nourrice du Roi lui fait des contes; il y prend plaisir.

Août
1611

Le 5, vendredi.—Mené à la chasse du cerf en carrosse, monté à cheval au laisse-courre; la Reine y va aussi. Ramené à six heures et demie, la Reine revenant, treuve Monsieur au palemail, au droit de la chapelle, le monte à cheval devant elle, et le mène jusqu'au bâtiment neuf; le Roi marchoit à son côté. Il s'amuse à acheter des petits couteaux d'un petit mercier, pour les donner aux femmes et filles de la Reine.