Le 6, samedi.—Le Buisson, qui avoit ses oiseaux pour les champs, lui apporte deux perdreaux et les veut bailler à M. de Souvré; il les prend et les met à sa ceinture disant: Je les veux donner à la Reine, ma mère; c'est que vous les voulez manger. M. de Souvré se retire pour s'asseoir (sic): Ho! velà mousseu de Souvré qui va dire au Buisson qu'i les y apporte une autre fois, et non pas à moi, dit le Roi, et en mangeant ses cerises, il lui en tiroit les noyaux. A sept heures soupé; parlant à un de ses officiers, il lui dit: Je vous vis tous l'autre soir après un mort; qui étoit-ce?—«C'étoit, sire, un délivreur de vin.»—Comment s'appeloit-il?—«Toussaint.»—Le Roi s'adressant à un de ses pâtissiers, qui étoit présent, lui dit: Vous ne y étiez pas; il l'avoua.
Le 7, dimanche.—A midi il va chez M. de Frontenac, son premier maître d'hôtel et capitaine du château de Saint-Germain; il y a dîné avec la Reine, Madame, Mme la princesse de Conty, Mme la comtesse de Soissons, Mme la duchesse de Guise, Mme la douairière de Guise, Mlle de Vendôme, Mme la marquise de Guiercheville, Mme la comtesse de la Rochefoucauld, Mme de Ragny, Mme de Frontenac. Il avoit une grande impatience pour être si longtemps à table, mais le respect de la Reine le retenoit; il disoit: Je ne mange rien; puisque je ne mange point, il faut boire. Il boit de la tisane, puis demande à la Reine: Madame, vous plaît-il que j'alle là-haut jouer de l'épinette de madame de Frontenac. Enfin, comme la Reine eut achevé, il dit: Madame, je suis prêt; la Reine se lève, il saute à Août
1611 bas; peu après il va en la grande salle du château, avec la Reine et sa suite, pour y voir jouer une farce par des valets de Messieurs.
Le 9, mardi.—M. de Fleurence le fait étudier en attendant M. Le Fèvre.
Le 10, mercredi, à Saint-Germain.—Après déjeuner, il entre en son cabinet, on lui discourt; M. de Souvré étoit assis sur un bahut, le Roi se va asseoir près de lui; c'étoit pour le faire lever. M. de Souvré se lève, le Roi se va remettre en sa chaise, M. de Souvré se rassied. Il se va asseoir près de lui; M. de Souvré lui dit alors: «Vous êtes revenu ici vous asseoir pour me faire lever, mais je ne me lèverai pas pour tout cela.»—Vous ne devez point faire de comparaison avec moi, lui répond le Roi. Repris par M. de Souvré de ce qu'il s'amusoit à des jouets d'enfant, il lui promet de ne le faire plus et va fouiller dans ses coffres lui-même, les met à part, et commande à M. d'Heurles, l'un de ses premiers valets de chambre, de les porter à Monsieur, son frère. Il va chez la Reine, où il rencontre le sieur de Poutrincourt[91], qui racontoit nouvelles du Port Royal, où il se tenoit en Canada.
Le 11, jeudi.—A trois heures et demie il entre en carrosse, part de Saint-Germain et arrive à Paris à six heures. Après souper il va chez la Reine.
Le 12, vendredi, à Paris.—Il va chez la Reine, et en montant au petit cabinet se heurte au genou contre une marche; peu après M. le chancelier emmène et présente M. Le Fèvre à la Reine pour être précepteur du Roi; sur ce la Reine le présente au Roi, disant ces mots: «Mon fils, velà monsieur Le Fèvre, que je vous donne pour votre précepteur.»—Madame, j'en suis bien aise.—«Il faut Août
1611 que vous lui obéissiez, et faire tout ce qu'il vous dira.»—Je le fairai aussi, Madame.—«C'est un fort homme de bien et bien savant; il faudra bien apprendre.»—Je le fairai aussi, Madame. M. le chancelier, prenant la parole, en dit beaucoup de bien, et ayant parlé de le loger où souloit loger M. Des Yveteaux, le Roi dit: Non, non; il seroit pas bien, il faut monter trop haut. Il faut le loger à la chambre où souloit loger mon frère de Verneuil, dans la tour. M. Le Fèvre entend donner leçon au Roi par M. de Fleurence pour essayer à reconnoître sa portée[92].
Le 15, lundi.—Confessé par le P. Coton, jésuite; à neuf heures et un quart mené en carrosse aux Augustins, où il a ouï la messe, communié et à onze heures, dans le cloître, touché quatre cent cinquante malades. Il se treuve foible; il faisoit une extrême chaleur; lavé les mains avec du vin pur et senti du vin, il revient à lui. Ramené à onze heures et demie; dîné; peu après, pour le délasser, dévêtu, mis au lit. A une heure et demie levé, vêtu, mené en carrosse au sermon à Saint-André-des-Arcs, puis à vêpres aux Cordeliers[93]. Ramené à cinq heures, devêtu, mis au lit, soupé; il se joue doucement, fait fermer les fenêtres et fait poursuivre des chauves-souris qui étoient entrées. On veut lui persuader de coucher en la grande chambre, lui représentant que couchant dans son cabinet, faisant si chaud, il seroit en danger de pleurésie, de fièvre continue, ou d'une grande maladie; il n'avoit point voulu coucher dans la grande chambre depuis la mort du Roi, où il l'avoit ainsi vu, et l'appréhension lui en étoit toujours demeurée.
Août
1611
Le 17, mercredi.—Après dîner, il va chez la Reine, revient en sa chambre; les nouveaux échevins lui prêtent le serment. Il monte au cabinet des livres; à trois heures goûté. M. Le Fèvre lui donne la première leçon sur l'institution de l'empereur Basile[94].
Le 21, dimanche.—Mené en carrosse, il voit tirer l'anguille au pont Notre-Dame.