Le 25, dimanche.—Mené en carrosse aux Filles-Dieu et à quatre heures et demie à la comédie, en l'hôtel de Bourgogne.—Mis au lit, il s'endort à la musique de Bailly, chantant et jouant de la lyre avec le joueur de luth de la reine d'Angleterre, qui en jouoit et chantoit la basse.

Le 26, lundi.—Éveillé à une heure après minuit, il avoit de l'inquiétude pour avoir ouï parler des esprits à son coucher; il les craignoit.—En étudiant il entre en mauvaise humeur contre M. de Souvré, qui le reprenoit de ce qu'il s'amusoit; il avoit le chapeau sur la tête, le Roi lui dit: Vous avez votre chapeau sur la tête!—«Oui, et si je le vous ôterai pas pour cette heure. Ce n'est pas que je sache ce que je vous dois, qui est cent Sept
1611 mille fois plus. Plaignez-vous en à la Reine.»—Je ne vous ôterai pas aussi le mien. M. Le Fèvre, son précepteur, le voulut aussi un peu presser sur la leçon; le Roi lui dit: Quoi! et du commencement vous étiez si doux que vous trembliez tout; et maintenant vous êtes si rude! Tiré des armes à l'accoutumée et dansé.—Peu après souper il entend les Comédiens françois en sa chambre; la Reine y étoit.

Le 27, mardi.—Après déjeuner il est exhorté à son corps défendant, pource qu'il croyoit ne devoir point étudier, à cause que ce jour étoit celui de sa naissance[99].—Mis au lit, il se fait apporter un petit navire d'argent et se y amuse diversement, dit qu'il ne se veut point endormir qu'à l'heure pareille de sa naissance.

Le 28, mercredi.—A dîner on lui sert une caille, qu'il avoit prise le jour précédent à la chasse, et deux moineaux, que le matin il avoit tués et frappés à l'œil, aux Tuileries, avec son arbalète à argelet: Portez, dit-il, cela à Mousseu de Souvré, et dites-lui que velà des ortolans des Tuileries que je lui envoie.

Le 1er octobre, samedi, à Paris.—Mené en carrosse chez la reine Marguerite.—A son souper il reprend un gentilhomme servant qui n'avoit point encore servi: Votre serviette n'est pas bien; et ne la mettant pas encore bien: Non, non, il faut la mettre ainsi, lui dit-il doucement, comme le lui voulant apprendre.

Le 3, lundi, voyage.—Il va à la messe en Bourbon; à sept heures il est mis en carrosse et part de Paris pour aller à Fontainebleau. A Villejuif il fait acheter un pain d'un sol, met pied à terre, chemine assez bien en mangeant son pain; arrivé à dix heures et demie à Sauvigny, il y a dîné. Il part de Sauvigny à deux heures, arrive à cinq heures à Villeroy.

Le 4, mardi.—A six heures déjeuné, puis mené en carrosse, il arrive à neuf heures et demie à Cély, où il Oct
1611 a dîné. Il part de Cély et arrive à une heure et demie à Fontainebleau; il est toujours promené sur le canal, dans la galerie, à cheval, à pied, dans les jardins jusques à cinq heures.

Le 8, samedi, à Fontainebleau.—Mené à la chapelle près de la salle du bal, puis chez la Reine.

Le 11, mardi.—A deux heures botté, monté à cheval, mené à la chasse au loup, par delà la rivière de Moret.

Le 12, mercredi.—En soupant l'on parla d'Engoulevent[100] qui étoit prince des sots; il dit: Annibal (l'un de ses nains) est de ses sujets, et Danobis (l'un des garçons de sa chambre). C'est le plus grand royaume du monde.