Le 13, jeudi.—Éveillé à deux heures après minuit, doucement, il a peur; c'étoit depuis la mort du Roi son père, qu'il avoit vu dans le lit[101]. Il fait passer un valet de chambre de chaque côté de son lit, pour s'assurer, se rendort jusques à quatre; fait de même, se rendort jusques à six et demie.

Le 16, dimanche.—En la chambre de la Reine, il donne le bonnet de cardinal à M. l'évêque de Béziers, Florentin et grand aumônier de la Reine, qui fut appelé cardinal de Bonzi; c'est le premier cardinal qu'il a fait.

Le 18, mardi.—Il fait venir Mme de Ragny, qui craignoit les singes et les guenons, lui fait peur des siennes. M. le prince de Condé revient de Guyenne; il le reçoit gaiement, et mettant sa main à son bonnet de nuit, bridé par la bande de sa glande[102]: Voyez, dit-il, je ne saurois ôter mon bonnet, il est attaché. Il l'entretient de bonne façon, lui parle de toutes sortes de choses. A quatre heures il se remet au lit; étudié; il me fait l'honneur de me demander si j'écrivois toujours ce qu'il faisoit Oct
1611 et me commande d'écrire comme, la nuit précédente, il avoit songé que Courtenvaux avoit une fille que sa femme avoit faite, et que Haran (garçon de sa chambre et de ses chiens) en avoit été le compère; et là-dessus il s'en prend à rire. Il s'endort à la musique du luth et de la voix de Bailly.

Le 19, mercredi.—Il prend un clystère fait de lait, de fleurs de camomille et de sucre blanc; il fait beaucoup de mystères plaisants avant que de le prendre, dit à M. de Souvré: Demandez à mousseur Hérouard si ce qu'on fait prendre par force fait pas mal. M. de Souvré le menace du fouet; cette crainte le lui fait prendre, puis il menace M. de Souvré: Si j'avois des verges, aussi vrai je vous en fairois prendre un. A dîner il est servi par M. le chevalier de Guise.

Le 20, jeudi.—A cinq heures il se lève en robe, se fait porter ses harquebuses (il en avoit sept), me dit: S'il venoit des ennemis, velà bien pour leur faire un beau salve (sic). Il prend une des harquebuses sur son épaule, se promène en soldat. A deux heures il a tiré une harquebusade[103] d'harquebuse à rouet, chargée à balle, contre un cyprès qui étoit au milieu d'un carré du parterre, sans s'ébranler en façon du monde. Il en tire encore une autre sans balle; il ne fut jamais si content; il avoit desiré d'en avoir permission de la Reine, d'autant que M. de Verneuil en avoit tiré.

Le 21, vendredi.—Il prend du lait d'amandes et l'ayant pris, dit: Si tous les clystères étoient aussi bons que cela, j'en prendrois souvent, comme madame de Ragny dit qu'on les prend en Bourgogne[104]. Étudié, il entend la messe dans son lit; dîné. Levé, il se joue doucement à son lapin et à ses deux petits chiens Tinton et Mourac, et à limer du fer. A deux heures tiré à balle, de sa harquebuse, Oct
1611 faite à Rouen par Timothée, laquelle lui avoit été donnée par M. de Blainville[105], et il l'appeloit de son nom la Blainville. Il tire au blanc, de cinquante pas, donne à un pouce près du blanc, puis sur un geai qui étoit en une des premières et prochaines allées du jardin; il tire de la fenêtre de sa chambre, de haut en bas, et le frappe en la tête. Étudié, etc., il tire encore de la harquebuse et tue un geai tiré de sa fenêtre dans le jardin.

Le 22, samedi.—A douze heures et demie levé, vêtu, ôté son bonnet, puis son chapeau, laissé la bande sous sa glande. Pendant son dîner[106] M. le duc de Guise, qui le servoit, lui disoit qu'il étoit venu un Anglois qui avoit des dogues fort furieux et des ours, et que s'il plaisoit à Sa Majesté de lui donner une pension de mille écus, il lui entretiendroit toute l'année vingt et cinq dogues qui lui donneroient du plaisir, et quand il lui plairoit il les feroit combattre à outrance; et il lui réitéra trois ou quatre fois ce mot d'outrance. Le Roi écouta tout sans mot dire, jusqu'à ce qu'il dit: Non, non; point à outrance; non, je veux pas à outrance; c'étoit par débonnaireté, car il ne vouloit même pas que les dogues fussent menés aux toiles, de crainte qu'ils ne fussent blessés. A trois heures il va en la chambre ovale, pour voir combattre les dogues de l'Anglois contre un ours.

Le 23, dimanche.—Il prend médecine, sous la promesse de M. de Souvré qu'il tirera quatre harquebusades; remis au lit, d'où il tire deux harquebusades qui sortent par la fenêtre; il y étoit fort chaud. Levé en sa robe et bottines, il tire par la fenêtre une harquebusade et tue un geai au jardin; il couchoit en joue du côté droit et miroit de l'œil gauche. Sa quatrième harquebusade il la tira du coin de son cabinet, contre le pavillon du milieu de la galerie et donna dans un autre trou où il y avoit un nid Oct
1611 d'hirondelles, où il tiroit. A trois heures et demie goûté; il fait prendre des oiseaux à la glu, fait démonter et remonter des canons et des rouets de harquebuses, et en régler les charges.

Le 24, lundi, à Fontainebleau.—A huit heures, sous promesse que lui fait M. de Souvré de n'étudier point, il prend un clystère.

Le 25, mardi.—On lui apporte un petit pot de verre où il y avoit de la crème avec de l'eau de rose pour frotter son nez[107]; il n'en veut point, nous en fait manger et en donnant à M. de Blainville, guidon de sa compagnie de gendarmes, qui étoit de la Religion: Tenez, mangez; velà qui vous faira devenir catholique. Il s'amuse à clouer les tapis du pied de son lit avec le tapissier, va chez la Reine.