Mars
1612
Le 1er mars, jeudi.—Il voit danser le ballet de madame de Puisieux[130], où il y avoit neuf demoiselles qui représentoient les trois parties du monde.
Le 6, mardi.—Sur les deux heures il va chez la Reine, où il voit un carrousel. Un officier des siens, sommier d'échansonnerie, tombe du haut de la vieille montée, du côté du septentrion, et se tue, et le feu se met aux combles de la tour, du côté du Pont-Neuf, en la chambre de garçons de sa garde-robe. Le soir il voit danser un ballet à Madame Christine.
Le 7, mercredi.—En s'éveillant il dit qu'il a songé toute la nuit au feu, qu'il aidoit à l'éteindre et qu'il voyoit rompre des lances, comme il avoit fait au carrousel, la veille. Étudié; il n'a point déjeuné; son précepteur, M. Le Fèvre, n'y étoit point. M. le marquis d'Ancre lui dit que le sieur de Fleurence, sous-précepteur, n'étoit jamais malade, comme étoit quelquefois M. Le Fèvre, et qu'il falloit que je fisse prendre une médecine au sieur de Fleurence; le Roi dit: Il faut donc que ce soit le jour que monsieur Le Fèvre sera malade.
Le 9, vendredi.—Il se fait lire un livre de raillerie intitulé: Le voyage de maître Guillaume en l'autre monde vers Henry le Grand.
Le 17, samedi.—M. le grand écuyer arrive, revenant de son gouvernement de Bourgogne; le Roi lui fait bonne chère avec transport.
Le 18, dimanche.—Il va à Saint-André des Ards, au sermon de M. de Richelieu, évêque de Luçon, puis à l'hôtel et parc du Luxembourg.
Le 26, samedi.—Devant la Reine et Mesdames, l'ambassadeur d'Espagne demande Madame en mariage pour le Roi son maître, parlant à la Reine, puis à Madame, le Mars
1612 genou en terre, en mêmes et semblables termes: «Madame, l'honneur que j'ai reçu du Roi mon Seigneur, au commandement qu'il m'a donné de recevoir de sa part les assurances de vos bonnes volontés, surpasse de beaucoup tout ce que je pourrois espérer au monde, et celui que vous lui faites est le plus grand bien, plus grand contentement, plus grande félicité et la plus grande joie qui peut arriver à l'Espagne. La gloire ne m'en est point due, mais il la faut transporter au Saint-Esprit, qui a présidé en vos conseils.»
Le 3 avril, mardi.—En soupant je lui dis la première nouvelle que madame de Guise étoit accouchée d'un fils[131]. M. de la Curée me l'envoya dire pour le lui dire; il fait contenance d'en être joyeux et envoya bien peu après le faire dire de sa part à M. de Souvré par M. de Humières; il me demande s'il y avoit bien neuf mois.
Le 5, jeudi.—A une heure après midi il arrive en carrosse à la place Royale, posé sur l'échafaud dressé devant la Quintaine pour voir les entrées des tenants et assaillants, faites pour les réjouissances de son mariage; il y a goûté, à quatre heures.