Le 20, dimanche.—M. de Villeroy prend congé de lui pour aller trouver MM. les prince de Condé et comte de Soissons. Il va chez la Reine; il demande quand il Mai
1612 partira?—«Quand le Parlement aura fait ce que je leur ai commandé,» dit la Reine. Le Roi répond: Madame, envoyez leur dire qu'ils s'assemblent, et me y envoyez; ils ne me refuseront point.
Le 23, mercredi.—Entré en carrosse, il est surpris de vents et d'éclairs, de tonnerre et de pluie, qui se continue jusqu'à Brie-Comte-Robert, où il arrive à sept heures; le carrossier voulant rentrer par la ville dans le château, le carrosse s'accroche par l'impériale contre les dents de fer de la herse, de telle façon qu'à grand'peine on l'en peut arracher; les bras du carrosse en furent tout rompus; cependant il pleuvoit extrêmement et fut-on contraint d'en faire sortir le Roi par le devant du carrosse, qui étoit accroché, et tous ceux qui étoient dedans en firent de même; c'étoient MM. de Vendôme, de Verneuil, le chevalier de Guise, le marquis de la Valette, M. de Souvré, le baron de Vitry, capitaine des gardes.
Le 29, mardi.—Le marquis de Spinola arrive d'Espagne allant en Flandre[135].
Le 30, mercredi.—Il donne audience au marquis de Spinola. Il se fâche contre M. de Souvré, à cause d'une fraise empesée: il n'aimoit pas à être contraint en ses habits. Il fait des chaperons à ses pies-grièches avec du cuir rouge.
Le 31, jeudi.—Le marquis de Spinola et le comte de Buquois[136] prennent congé de lui.
Le 2 juillet, lundi.—Ce jourd'hui, à sept heures du matin, part M. le connétable pour s'en aller en Languedoc. Juil
1612 Le Roi court après les oiseaux à force et surtout après un auriol.
Le 4, mercredi.—Revenant de Fontainebleau, il s'amuse dans le parc à faire courir des cochons; il donne cinq écus à un paysan à qui ils étoient, pour ce qu'il disoit que son cochon se mourroit pour ce qu'il avoit été mordu à l'oreille. Quelqu'un lui dit que c'étoit trop: Hé! c'est un pauvre homme; à cette heure qu'il a cinq écus, son cochon ne mourra plus, dit le Roi se souriant.
Le 13, vendredi.—Il va à Montfaucon pour voir éprouver des canons de nouvelle invention.
Le 22, dimanche.—Mené en carrosse le long de la rivière; il avoit envie d'aller à pied et M. de Souvré ne le vouloit pas. Il avoit fait mettre une de ses guenons dans le carrosse; il commande à Bagauld, son artillier, de jeter des fusées. La guenon eut si grand peur, qu'elle remplit tout d'ordure et particulièrement sur le Roi, et lors chacun de sortir; l'on lave le Roi à la rivière, il fallut couper une manche de sa chemise tant elle étoit gâtée, et lui bien aise pour aller à pied, fait jeter des fusées contre les personnes qui passent au chemin à cheval.
Le 27, vendredi.—M. le grand écuyer, lui donnant le bonsoir, lui demande permission d'aller le lendemain voir courir les chiens de M. de Vendôme; Le Roi lui dit: Si vous avez envie d'aller à la chasse, les miens courront demain; je vous donne cet avis.