MANGER, v. a. (fig.) Mordre, piquer, dévorer. Se dit de certains insectes qui s'attachent à la peau de l'homme et des animaux. La pauvre enfant était mangée des puces. Expression méridionale, etc.

MANGER, v. a. (fig.) Employer, faire perdre. Je renoncerai à cette excursion: elle me mangerait trop d'argent. La fête d'Interlaken fut brillante; mais elle nous mangea environ trois jours. Ce sens, un peu trivial, du verbe manger, n'est pas dans les dictionnaires.

MANGER UN ORDRE. Oublier un ordre, oublier une commission. Je lui avais prescrit de m'attendre au débarcadère, mais il a mangé l'ordre. Français populaire.

MANGER (SE), v. pron. Se ruiner en folles dépenses. C'est un homme qui se mange, et auquel il ne restera bientôt pas un écu.

MANGER (SE), v. réc. Se quereller. Les entendez-vous qui se mangent? Ils ne se rencontrent jamais sans se manger.

MANIANCE, s. f. Maniement, administration, jouissance. Ne s'emploie guère que dans cette expression: Avoir en maniance, c'est-à-dire: Manier, avoir le maniement de, administrer. Du moment que ce jeune homme eut toute sa fortune en maniance, il se dérangea. Terme vieux français, etc.

MANICLE, s. f. Gabegie, manigance, mystère, manœuvre secrète et artificieuse. Être dans la manicle, veut dire: Être dans le secret, être initié à l'intrigue. On dit dans le même sens: Connaître la manicle, savoir la manicle.

MANIÈRE (DE). Ne dites pas: De manière à ce que, dites: «De manière que,» ou: «De sorte que.» De manière à ce que est un barbarisme qui a passé insensiblement du langage populaire dans le style des romanciers et des feuilletonistes, et qui est aujourd'hui installé et achalandé. Dire que M. Bescherelle, si indulgent pour les néologismes, condamne absolument cette expression traînarde, c'est en faire, il me semble, une suffisante critique.

† MANIFIQUE, adj. Orthographe et prononciation vicieuses du mot «Magnifique,» dont l'articulation gn est mouillée. On nous servit une fricassée manifique. Cette faute, qui se fait en Lorraine et sans doute ailleurs, est une tradition du vieux français.

MANILLE, s. f. (ll mouillés.) Anse. La manille d'un pot. La manille lui est demeurée à la main. Terme suisse-roman, savoisien, languedocien et vieux français. En Dauphiné on dit: Maneille; à Lyon, manillon; en provençal, maneyo; en rouchi, manique. R. manus.