L'AME-SŒUR

Pour Anatole France.

C'est en cette mélancolique et charmante époque de l'année qu'elle est dans toute la plénitude de ses moyens, la délicate apitoyée qui semble avoir pris à tâche la reconstitution des vieux rêves et la guérison des jeunes cœurs.

La chute encore lente des premières feuilles, la langueur attendrie des ciels plus clairs et la morsure des premiers froids, autant d'atouts dans son jeu.

Comme une tristesse d'adieu flotte et plane dans l'air, la nature devient complice; complices, les grands bois dépouillés; complices, les horizons plus vastes; l'automne, la saison par excellence des pauvres cœurs meurtris, des illusions perdues et des sentimentales détresses, voilà le terrain sûr où l'Ame-Sœur opère!

As-tu souffert? as-tu pleuré?
As-tu langui sans espérance?
As-tu, triste et proscrit, erré?
Alors tu connais ma souffrance!

L'Ame-Sœur connaît, et de longue date, le pouvoir de la romance dans ces journées déjà plus courtes d'octobre où la nuit tombe vite, certes, elle en connaît tout le pouvoir sur les pauvres âmes des célibataires, à l'heure confortable où l'on allume les lampes.

Ah! si vous saviez comme on pleure
De vivre seul et sans foyer
Quelquefois devant ma demeure.
Vous passeriez!