La servante au grand cœur, dont vous étiez jalouse,
Et qui dort son sommeil sous une humble pelouse,
Nous devrions pourtant lui porter quelques fleurs.
Les morts, les pauvres morts ont de grandes douleurs
Et quand Octobre souffle, émondeur de vieux arbres,
Souvent mélancolique à l'entour de leurs marbres,
Certes, ils doivent trouver les vivants bien ingrats...
Baudelaire.
Oh! elle la connaît dans les coins, celle-là; elle sait par A plus B le cœur humain, ses tristesses d'au delà et ses défaillances stupides; elle a par expérience sondé les reins et les viscères et a, d'un œil expert, d'une main plus experte encore, approfondi les effets de la douleur.
Ce n'est pas pour rien qu'on la rencontre dans les cimetières, le teint reposé, plutôt pâle, mais d'une chair blanche et grasse, ses fins cheveux de blonde enténébrés de crêpe noir,—le noir, cette valeur.
C'est la pensive et souriante jeune femme qu'on croise autour des tombes, l'intéressante jeune veuve ou la plus touchante et combien poétique fiancée, dont la jolie silhouette idéalise les allées funèbres, les désertes allées encombrées de feuilles mortes et bordées de tombeaux des Père-Lachaise et des cimetières Montmartre; élégie du Regret au parfum d'asphodèle, fleur de tristesse éclose sous l'errance à pas lents des distraits visiteurs.
Avec quelle grâce elle s'accoude, à demi affaissée, aux ornements des grillages, et combien harmonieuse! la retombée de son voile sur sa robe de deuil, entre les chrysanthèmes et les roses d'automne qui tremblent au vent du soir! et quel divin sourire..... un sourire irréel d'âme élue, détachée et, sous ses cils humides toujours emperlés d'eau, quel au-delà dans le regard!
C'est elle, dont la main pieuse remplace les lambeaux qui pourrissent aux grilles, renouvelle les couronnes d'immortelles et les myosotis de porcelaine bleue sur la tombe voisine de celle qui vous attire, courbé et les yeux las, pauvre veuf de la veille ou fiancé meurtri d'une perte cruelle, jeune père douloureux de la mort d'un enfant ou fils saignant de ce malheur atroce, irréparable hélas! fils pleurant votre mère.
Sache que la douleur est la noblesse unique.
L'araignée du cimetière, elle, ne l'ignore pas.