Elle sait aussi l'étrange et l'énervant pouvoir de la volupté des larmes, les brusques réveils de rut qu'excite la douleur..., quelle cantharide elle est pour les nerfs exacerbés des mâles, et c'est là qu'elle attend, qu'elle épie et vous guette!
O le danger des chagrins partagés, des mêmes larmes versées sur deux tombes pareilles, ô débuts attendris et trempés de tristesse de la liaison Chambige, ô pitié maternelle de Mme Grille, glissant dans l'adultère devant les choses vagues et blondes qui frissonnaient à l'horizon d'Alger, ô livre périlleux et feuilleté ensemble par Paolo et Francesca.
Et ce jour-là nous ne lûmes pas plus loin.
Au besoin, jardinant près de vous autour de sa chère tombe, elle vous prêtera, complaisante, son sécateur, son éponge, quitte à vous emprunter votre petit arrosoir. Et avec quel effleurement de main douce et frôleuse, quel sourire noyé, quel navrant regard!
O fins d'automne, hivers, printemps trempés de boue,
Endormeuses saisons! je vous aime et vous loue
D'envelopper ainsi mon cœur et mon cerveau
D'un linceul vaporeux et d'un vague tombeau...
Rien n'est plus doux au cœur plein de choses funèbres
Et sur qui dès longtemps descendent les frimats.
O blafardes saisons, reines de nos climats,
Que l'aspect permanent de vos pâles ténèbres,
Si ce n'est, par un soir de lune, deux à deux,
D'endormir la douleur sur un lit hasardeux!
Endormir la douleur sur un lit hasardeux; tout est là. Le «Psitt, psitt, viens-tu chez moi, il y a un bon feu» de la pierreuse du boulevard extérieur, l'araignée de cimetière l'a remplacé par le «Nous causerons de nos morts en prenant une tasse de thé sous la lampe...» L'allée des tombes, c'est son trottoir à elle; c'est là qu'elle ébauche et ses opérations de bourse et ses liaisons durables: Telle qu'elle est, elle est la défunte à plusieurs; elle la leur rappelle à chacun, et au besoin entretient discrètement dans leur âme un regret qu'elle console. Comme les maisons de Deuil, elle a sa clientèle, ce sont les rentes de la Douleur. O la minute exquise où l'être douloureux, solitaire et meurtri, trouve une épaule amie où appuyer sa tête, un cœur pour le comprendre, un regard qui plonge dans le sien, s'apitoie, et parfois un sourire qui, penché sur ses larmes, les boive dans un baiser!