Comme le tomber du jour est triste
A travers la fenêtre fermée...
Gabriel Mourey.
La fin d'octobre, la tristesse des ciels jaunes au-dessus des roues boueuses tout à coup assombries... et par les avenues désertes du quartier Wagram, la descente molle, lente et désolée des feuilles mortes piquant d'or pâle le gris cendreux de l'horizon.
Dans le grand atelier tendu de toiles de Gênes, ce qu'elle grelotte, ce qu'elle regrette et se sent esseulée!... au milieu de ce frêle mobilier estival de joncs et de japonaiseries, encore tout ensoleillé, il n'y a pas un mois, par les derniers beaux jours d'automne.
Emmitouflée dans un léger peignoir qui fut charmant en août, elle songe aux notes de fin d'année, au terme de janvier, à l'amant endetté, moins tendre et plus avare, dont les visites s'espacent... et, le cœur gros, la bouche contractée, elle frissonne, inquiète de l'avenir, et sent monter des larmes...
Que le tomber de la vie est morne
Décevant aux âmes orphelines,
Aux cœurs sans amour...
Sans amour!
L'aima-t-elle, en effet, ce boursier brutal et trapu qui depuis un an entretenait son luxe de mondaine divorcée... fausse femme artiste, peintresse déclassée dont les aquarelles à la Madeleine Lemaire encombrent les garçonnières obscures et pelucheuses des chroniqueurs mondains et des clubmen tarés. A-t-elle seulement jamais aimé? Et le volume des Flammes mortes qu'elle feuillette indolemment du doigt se ferme de lui-même tandis qu'elle répète:
Les feuilles ainsi que les années
Tombent, tournent dans le ciel rouillé.
Las, adieu, les tendresses fanées
Se lamentent dans le cœur souillé.
Las, plus de rêves, plus rien, la tombe
Seule en nous demeure; la nuit tombe.
Vendredi, 30 octobre 1891.