«Et Victorine fondait en larmes. Nous la consolions de notre mieux. Qu'importaient des propos de paysans! Victorine consentait à sécher ses paupières, mais de gros soupirs soulevaient sa poitrine. Elle prenait enfin son courage à deux mains.
«—Madame a-t-elle avec elle son acte de mariage?
«—Mais parfaitement, ma fille, je l'ai même dans ma malle.
«—Eh bien! si c'était un effet de la bonté de Madame, Madame serait bien aimable de me le prêter… Je serais heureuse de le montrer à l'aubergiste et aux autres bonnes, et aussi à la femme de l'épicier… C'est l'épicier qui a fait tout le mal, Madame, et tout ça par la faute du curé.
«—Comment! le curé!
«—Oui, Madame, le curé était au lavoir le jour où on lavait le linge de Madame, et quand il a vu les pantalons à dentelles et les chemises à entre-deux de Madame, il s'est penché pour les regarder de près, s'est informé, et puis il a déclaré que ce n'était pas là du linge de femme mariée… et que Madame était sûrement une actrice de la Comédie-Française qui voyageait avec Monsieur. Et voilà! La chose a fait le tour du pays. La parole du curé, cela fait foi au village, et un opprobre est sur Madame et sur Monsieur.
«Et Victorine s'essuyait les yeux.
«Ma femme avait ouvert sa malle:
«—Tenez, Victorine, le voilà, cet acte de mariage. Courez vite le leur montrer, puisque cela les intéresse, ces braves gens, et rapportez-le moi.
«—Ah! Madame.