«Et Victorine baisait presque nos mains et partait en courant.
«Nous nous regardions sans rire: notre équipée tournait au tragique. Vingt minutes après, Victorine revenait, triomphante:
«—Je le leur ai montré, je le leur ai fait lire; ils n'en croyaient pas leurs yeux, l'épicier surtout… Il m'a demandé si Monsieur et Madame consentaient à lui prêter leur acte de mariage pour cette soirée. Il voudrait le montrer au curé et le faire lire, au cabaret, au ferblantier et au forgeron… Il a le cœur de réparer le mal qu'il a fait, cet homme.
«—Gardez donc cet acte, Victorine, et prêtez-le à l'épicier. Mais qu'il ne le perde pas… Nous en aurons besoin pour les autres villages.
«Sartor fut-il convaincu? Non. Une réprobation continua à planer sur nous; le curé, après la lecture, avait hoché la tête et ronchonné:
«—Mariée, peut-être! mais cette femme-là a du linge et des instincts de cocotte.
«Les dessous d'Emma l'avaient révolté. Nous quittâmes Sartor accablés du mépris public. On ne va pas contre l'opinion.»
III
RESPECTABILITY
—Ah! l'injustice de la vie, de la vie sociale surtout, basée sur le soi-disant respect des préjugés, l'hypocrisie des classes moyennes et la scélératesse, oui, je maintiens le mot, la scélératesse des honnêtes gens! Tout l'apparent scepticisme et le cynisme qu'on me reproche sont faits de la connaissance profonde, acquise à mes dépens et chèrement acquise, de nos belles âmes contemporaines… et «contemporaines» est de trop, le monde n'a pas changé… Les fanatismes sévissent toujours, iniques et passionnés sans d'autres noms…
Et Thomery, tout à fait emballé, tailladait à coups de canif un excellent londrès qu'il n'entamait pas.