Installée dans un immense fauteuil de velours cramoisi surélevé de trois marches, une masse informe trônait et se prélassait, engoncée de plaids et de fourrures malgré la chaleur étouffante de la pièce. Une couverture de zibeline remontée jusqu'à mi-corps, les mains gourdes aux doigts boudinés posées à plat sur les genoux, c'était une sorte de Bouddha obèse, une face à bajoues sérieuse et barbue, à la pâleur jaune de vieil ivoire. Une calotte de velours à gland faisait bouffer aux tempes de longs cheveux crépus. C'était une laideur d'Extrême-Orient, la vieillesse adipeuse et bouffie d'un vieux pirate et d'une idole. Deux petits yeux obliques luisaient, comme deux veilleuses, sous des paupières plissées. Deux laquais en culottes courtes se tenaient debout, derrière, aux ordres de l'homme monstrueux: c'était Bartolomeo Guiçardi.

Tous les artistes s'étaient levés. Le vieillard promenait sur eux un regard atone:

—La princesse Zénobie n'est pas encore là? interrogeait une voix rauque.

—Me voici, me voici.

Et sur une stridence de phonographe l'hallucinant avorton, que vous voyez, se précipitait à petits pas, trébuchait empêtrée dans le satin de sa robe, car la malheureuse boite. Décolleté à outrance, étincelant de joyaux, le petit être traversait en sautelant toute la salle; il grimpait péniblement les degrés de l'estrade:

—Excusez-moi, mon cer, ma femme de chambre n'en finissait plus.»

Et la voix d'automate se trouait par saccades.

Un des laquais l'avait saisie par la taille et la posait sur les genoux du vieil homme; la naine s'y tenait debout dans les plis de sa traîne, et, tout en tapotant d'un minuscule éventail les bajoues du vieux bonze:

—Mais commençons, mon cer, je suis prête.

Et preste et leste à la fois, elle se tournait vers la troupe.