—Mais c'est épouvantable.

—Non, ce sera très sage, car je suis sûre d'être très heureuse avec ce mari. Maintenant, ma tante, donnez-moi son nom.

—Allons montons, tu entreras chez moi.

—Ah mon Dieu! faisait la vieille dame, après avoir feuilleté son calepin, regarde, c'est une fatalité. J'ai mis deux officiers dans cette chambre, elle est à deux lits. M. Gennaro Olivari et Albert Maxence, tous deux sous-lieutenants. Nous voilà bien!

—Vous êtes bien légère ma tante, enfin cela me regarde.

—Comment?

—Oh, n'ayez aucune crainte, vous savez que je suis une très honnête fille.»

Le lendemain, au déjeuner, les huit officiers flirtant autour des deux femmes, Mistress Elena Migefride ne quittait pas des yeux les deux sous-lieutenants, qui flanquaient la droite et la gauche de sa nièce. La jeune fille, très animée, partageait ses faveurs entre les deux hommes, tous deux hâlés par le grand air de la montagne, trapus et moustachus et l'œil clair sous les cheveux ras. M. Albert Maxence, blond et un peu plus grand que son camarade, semblait plus distingué à la tante; M. Olivari, presque Sarrazin de type et de peau, tant son profil était brusque et ses prunelles aiguës et noires, déconcertait un peu Mistress Eléna. A une heure et demie on passait au salon et, la jeune fille ayant servi le café à ses hôtes, se retirait dans ses appartements. Il fallait bien laisser ces messieurs faire la sieste avant la grande étape du soir. Les deux compagnies partaient à six heures. Les officiers prenaient congé des deux femmes et Miss Eva Waston, restée seule avec sa tante, passait doucement un bras autour de la taille de la vieille Américaine et d'une voix persuasive et ferme: «C'est M. Gennaro Olivari que j'épouse».

—Le Corse!

—Oui, le Corse. C'est bien lui que j'ai vu hier.