—Oh! mademoiselle, on a exagéré, je vous jure.
—Mais non, vos propos m'ont été rapportés le lendemain même. Quelqu'un a fait exprès le voyage de Peïra-Cava, six heures de diligence sous le soleil; mais on croyait tant me contrarier, on escomptait tant le désappointement de ma pauvre figure. Eh bien! non, ma tante seule a été indignée, moi, j'ai éclaté de rire, j'ai même ri aux larmes, l'histoire était très drôle, mais si indigne de vous et de moi. J'aime à croire qu'elle ne vous est pas venue par le régiment; ce serait alors une chose odieuse, une machination dirigée contre M. Olivari, et M. Olivari ne prendrait pas la chose en riant. C'est un homme, lui.»
Et son regard avait une lueur d'acier.
Sourdière, interloqué, ne trouvait rien à dire.
—Je vois que vous êtes très ennuyé, monsieur.
—En effet, mademoiselle, je suis surtout aux regrets.
—On regrette toujours les bêtises, une fois faites. Les réparer est plus difficile, et il faut réparer la vôtre.
—Mais de tout mon cœur.
—Oh! le cœur ne suffit pas, il faut la volonté et l'adresse. C'est pour tout cela que je suis venue chez vous, pour vous aider à réparer. Vous avez lancé la sotte histoire, tant pis pour vous: vous lancerez maintenant la vraie, et vous ne vous emploierez rien qu'à cela. Vous avez de l'esprit, on vous écoutera. Encore un peu de café, s'il vous plaît?»