La princesse avait parlé dans un religieux silence.
—Et miss Eva Waston, qu'en pensez-vous, princesse?
C'était Charles Haymeri qui posait la question.
—Oh! miss Eva Waston, c'est tout autre chose. Je connais beaucoup la tante, mistress Migefride. Miss Waston, elle, c'est la réflexion même. Tout est voulu et prémédité dans sa conduite. Une grande indépendance d'allures et de caractère prête une apparence de caprice à ses plus fermes décisions; je ne suis pas du tout étonnée de son mariage. Miss Waston est la vraie fille de son père; elle a la plus haute idée d'elle-même, et personne dans les Etats-Unis, n'a plus qu'elle la conscience de sa valeur. C'est une fille pratique, qui a le respect de toutes les forces. Elle n'estime que la santé, la jeunesse et l'argent; mais, comme elle a reçu de sir Waston une forte éducation morale, elle met au-dessus de tout le caractère et la loyauté des gens, et je m'explique très bien le choix de son petit sous-lieutenant corse, parce que d'un physique qui lui plaît d'abord, et ensuite d'une race à laquelle on prête quelque fierté dans les sentiments.
Miss Waston est une sensuelle. Il n'y a qu'à regarder sa mâchoire. C'est aussi une volontaire, et elle est trop intelligente et en même temps trop avertie pour ne pas désirer être dominée en amour, elle, la femme de toutes les dominations.
—Quelle psychologie, princesse! disait Paul Sourdière.
A quoi la robe de tulle bleuâtre:
—Hé! hé! j'ai près de soixante ans.
—Nous en oublions bien quinze au vestiaire, chuchotait Robert Stouza à l'oreille d'une des jeunes femmes de médecin.
—Alors, vous approuvez ce mariage? s'informait Charles Haymeri.